Les événements politiques de 1988 en Birmanie sont un ensemble de manifestations pacifiques demandant l'établissement de la démocratie qui culminent le 8 août 1988 (d'où leur surnom de soulèvement 8888). Ces évènements, provoqués par une économie birmane en net déclin, commencent par des manifestations étudiantes à Rangoun dès le mois de mars. L'indignation populaire devant leur répression et des dissensions au sein des forces armées débouchent sur la démission de l'homme fort du régime, le général Ne Win, le 23 juillet.
Le mouvement se termine dans le sang le 18 septembre après un coup d'État militaire établissant la junte militaire du Conseil d'État pour la restauration de la loi et de l'ordre. Des milliers de civils sont tués par les militaires (3 000 selon certaines sources).
La Birmanie était gouvernée par le régime répressif et isolationniste du général Ne Win depuis 1962. Sa dette publique était de 3,5 milliards de dollars et ses réserves de devises entre 20 et 35 millions, le service de la dette représentant 50 % du budget de l'État. Les problèmes économiques et la lutte contre les insurrections ethniques nécessitaient un appel constant aux marchés internationaux.
Le 5 septembre 1987, Ne Win annonça la suppression des billets de 100, 75, 35 et 25 kyats, ne laissant en circulation que ceux de 45 et 90 kyats, apparemment parce qu'ils étaient divisibles par 9, chiffre considéré comme auspicieux par Ne Win. Les étudiants furent particulièrement mécontents, cette mesure faisant disparaître toutes les économies, notamment celles destinées à leurs frais de scolarité. Ceux de l'Institut de technologie de Rangoon (RIT) déclenchèrent une émeute en ville, détruisant les vitrines et les feux de signalisation le long d'Insein Road. Les universités de Rangoon fermèrent et renvoyèrent les étudiants chez eux. Pendant ce temps, de plus grandes manifestations, comprenant des moines et des ouvriers, se produisirent à Mandalay, où furent brûlés des bâtiments gouvernementaux et des entreprises d'État. Les médias officiels birmans restèrent discrets à ce sujet, mais l'information se répandit rapidement parmi les étudiants.
À la réouverture des établissements, vers la fin du mois d'octobre, des groupes clandestins de Rangoon et de Mandalay émirent des tracts et même posèrent des bombes en novembre. La police reçut ensuite des lettres de menaces de ces groupes, qui organisèrent de petites manifestations autour des campus universitaires. Après avoir obtenu le statut de nation moins avancée auprès du Conseil économique et social des Nations unies en décembre 1987, l'ordre du gouvernement aux agriculteurs de vendre leurs produits en dessous du prix du marché pour augmenter ses propres recettes provoqua plusieurs violentes manifestations rurales. Ces manifestations furent encouragées par des lettres ouvertes à Ne Win du général de brigade Aung Gyi publiées en juillet 1987, où il lui rappelle les émeutes du riz de 1967 et condamne le manque de réformes économiques, décrivant l'état de la Birmanie comme « une plaisanterie » par rapport à celui des autres nations d'Asie du Sud-Est. Aung Gyi fut plus tard arrêté.
Premières manifestations pro-démocratiques
Le 12 mars 1988, des étudiants de l'Institut de technologie de Rangoon (RIT) se battirent avec d'autres jeunes pour des questions de musique dans une maison de thé. Un des jeunes, fils d'un responsable du Parti du programme socialiste birman (BSPP) au pouvoir, fut arrêté pour avoir blessé un étudiant, puis relâché. Les étudiants protestèrent devant un poste de police local, où se trouvaient 500 policiers anti-émeute, et dans les affrontements qui suivirent, l'un eux, Phone Maw, fut tué par balles. L'incident provoqua la colère des groupes pro-démocratiques et le lendemain les étudiants se rassemblèrent au RIT, puis sur d'autres campus. Beaucoup d'étudiants qui n'avaient encore jamais manifesté commencèrent à se percevoir comme des activistes. Le ressentiment à l'égard du régime militaire allait croissant, et il n'existait aucun canal pour prendre en compte ce mécontentement, encore augmenté par la brutalité policière, l'incurie économique et la corruption au sein du gouvernement.
À la mi-mars, plusieurs manifestations avaient eu lieu, et des dissensions étaient apparues ouvertement au sein des forces armées. Plusieurs manifestations avaient été dispersées avec des grenades de gaz lacrymogène. Le 16 mars à Rangoon, des étudiants demandant l'instauration du multipartisme marchaient vers des soldats près du lac Inya, lorsqu'ils furent attaqués par derrière par la police anti-émeute, qui en battit certains à mort et en viola d'autres. Plusieurs étudiants ont rapporté avoir entendu la police crier « Ne les laissez pas s'échapper ! » et « Tuez-les ! ». Des récits de cet événement, dont certains s'avérèrent plus tard faux, circulèrent rapidement et provoquèrent un large soutien populaire au mouvement. Le mécontentement au sujet des politiques économiques et de l'oppression gouvernementale suscita des manifestations pro-démocratiques dans tout le pays.
Après ces manifestations, les autorités annoncèrent la fermeture des universités pour plusieurs mois. En juin 1988, les grandes manifestations des étudiants et de leurs sympathisants étaient devenues quotidiennes. De nombreux étudiants, sympathisants et policiers anti-émeute moururent au cours du mois dans toute la Birmanie. Des désordres publics à grande échelle eurent lieu à Pégou, Mandalay, Tavoy, Taungû, Sittwe, Pakokku, Mergui, Minbu et Myitkyina. Des foules de manifestants demandèrent l'instauration d'une démocratie et le multi-partisme, ce qui entraîna la démission de Ne Win le 23 juillet 1988. Dans un discours menaçant, celui-ci déclara : « quand l'armée tire, elle tire pour tuer. » Il promit le multipartisme, mais désigna pour lui succéder le général Sein Lwin, surnommé depuis 1962 le « boucher de Rangoon ».
Les manifestations culminèrent en août 1988. Les étudiants préparèrent une action nationale le 8 août (1988), une date propice du point de vue numérologique (8888). L'annonce de celle-ci atteignit les zones rurales et quatre jours avant, les troupes de la Tatmadaw (armée) furent mobilisées. Des pamphlets et des affiches illustrés du paon combattant de l'Union des étudiants de toute la Birmanie firent leur apparition dans les rues de Rangoon. Des comités de grève et de voisinage furent formés sur les conseils des activistes, dont beaucoup avaient été influencés par des mouvements du même genre dans les années 1980. Du 2 au 10 août, des manifestations coordonnées se déroulèrent dans la plupart des villes du pays.
Au cours de cette période, des journaux dissidents furent publiés, des bannières ornées du paon combattant déployées, des marches furent organisées et les orateurs publics furent protégés. À Rangoon, les premiers signes du mouvement commencèrent au moment de la pleine lune bouddhiste de Waso à la pagode Shwedagon, lorsque des manifestants étudiants demandèrent du soutien pour leur action. Les comités de grève et de voisinage barricadèrent certains quartiers et accentuèrent la mobilisation. À certains endroits, ils construisirent des estrades improvisées, où des orateurs s'adressaient à la foule et recueillaient des dons pour soutenir les rassemblements.
Dans les premiers jours des manifestations de Rangoon, des activistes contactèrent des juristes et des moines à Mandalay pour les encourager à participer au mouvement. Les étudiants furent rapidement rejoints par des citoyens de toutes origines, y compris employés du gouvernement, moines bouddhistes, membres de l'armée de l'air et de la marine de guerre, agents des douanes, enseignants et personnel hospitalier. Les manifestations de Rangoon devinrent un point focal pour tout le pays, et se reproduisirent dans les capitales des autres États. Dix mille manifestants se rassemblèrent à l'extérieur de la pagode Sule, où ils brûlèrent des effigies de Ne Win et Sein Lwin dans des cercueils ornés de billets de banque démonétisés. D'autres manifestations se déroulèrent dans le pays dans des stades ou des hôpitaux. Des moines de la pagode Sule affirmèrent que la statue du Bouddha avait changé de forme, avec une image dans le ciel au-dessus de sa tête.