Ce Jour-là

Étienne Dolet

Érudit français

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Étienne Dolet, né à Orléans probablement le 3 août 1509 et mort sur le bûcher le 3 août 1546 à Paris, est un humaniste, écrivain, poète et imprimeur français. Il fut un personnage controversé tout au long de sa vie, qui était secouée par les forces opposées de la Renaissance et de l’Inquisition française. Ses premières attaques contre l'Inquisition et les autorités municipales de Toulouse, ainsi que ses publications ultérieures à Lyon, ont amené l'Inquisition française à surveiller de près ses activités. Après plusieurs séjours en prison, les efforts conjugués du Parlement de Paris, de l'Inquisition et de la faculté de théologie de la Sorbonne aboutissent à sa condamnation à mort pour hérésie. En 1546, il fut pendu puis brûlé avec ses livres, place Maubert à Paris. Dans les temps modernes, on se souvient de Dolet comme d’un martyr de ce que l’on appelle aujourd’hui la liberté d’expression et la liberté de la presse.

Né dans une famille modeste, il vit à Orléans jusqu'à l'âge de douze ans. Il part en 1521 pour Paris où il étudie les lettres latines pendant cinq ans auprès de Nicolas Bérauld, professeur de Gaspard II de Coligny. En 1526, selon la tradition humaniste, il commence son tour des universités européennes. Il se rend à Padoue pour parfaire sa connaissance des lettres latines et surtout celle de Cicéron, sous la direction de son maître et ami Simon de Villanova. À la mort de ce dernier, Étienne Dolet s'attache en qualité de secrétaire à Jean de Langeac, évêque de Limoges et ambassadeur de France à la république de Venise. Il y suit les cours de Battista Egnazio sur Cicéron qui devient pour Dolet son « maître à écrire et souvent à penser ».

Il rentre en France au cours de l'année 1529 et il est inscrit à l’université de Toulouse en 1532, pour suivre des cours de droit et de jurisprudence. Élu orateur de la Nation Française, il prononce un violent réquisitoire en octobre 1533 sur la barbarie toulousaine, puis en janvier une diatribe sur les superstitions religieuses et la brutalité des Gascons. Il est emprisonné en mars 1534 et, malgré la protection de Jean de Pins, il est finalement banni par un décret du parlement de Toulouse en 1534.

Il arrive à Lyon le 1er août 1534, avant d'en repartir pour quelques mois qu'il passe à Paris. Il revient ensuite à Lyon, s'intègre dans le cercle des humanistes lyonnais, fréquente Clément Marot et Rabelais, mais également Guillaume et Maurice Scève, Jean de Tourne et l’imprimeur Sébastien Gryphe pour qui il devient correcteur.

En 1535, grâce à l’imprimeur Sébastien Gryphe, il publie le Dialogus de imitatione Ciceroniana, ouvrage ranimant la querelle du Cicéronianisme. Dans cet ouvrage, il renvoie dos à dos Erasme et Luther, accusés de conduire la religion chrétienne à la ruine.

En décembre 1536, au cours d'une rixe, il tue un peintre surnommé Compaing qui, prétend-il, voulait l’assassiner. Il fuit Lyon et gagne discrètement Paris pour implorer la grâce du roi. Il obtient en février 1537 des lettres de rémission. Il sera néanmoins emprisonné quelques semaines lors de son retour à Lyon.

Le 6 mars 1538, il obtient de François Ier un avantageux privilège qui lui accorde pour dix ans la possibilité d’imprimer tout ouvrage en latin, grec, italien ou français, de sa plume ou sous sa supervision. Il en fera profiter divers éditeurs avant de pouvoir à son tour s'installer comme imprimeur en 1539. C'est dans ces années qu'il publie les deux premiers volumes du Commentariorum linguae Latinae, un ambitieux dictionnaire étymologique du latin, projet conçu dès son adolescence et grand œuvre de sa vie.

Avec le concours financier d'Hellouin Dulin, il ouvre une imprimerie rue Mercière à Lyon. En quatre ans, il sort près de 90 ouvrages, tant des manuels pour étudiants que des textes classiques en français ou en latin, que de la littérature du temps, Clément Marot, Rabelais (une édition contrefaite de Gargantua qui entraîne la brouille des deux hommes). Un de ses grands succès d'édition sera son ouvrage sur la Manière de bien traduire.

Un quart de cette production est consacré à des ouvrages religieux. Il publie ainsi une version en français du Nouveau testament et L'Institution de la religion chrétienne de Calvin. Il n’ignore pas les dangers auxquels il s'expose. La publication en 1538 de son Cato Christianus produit même l'effet inverse. Ce catéchisme est fait sur le modèle des Disticha Catonis (Distiques de Caton), ouvrage très à la mode au XVIe siècle. Le Cato Christianus est interdit à la vente dès sa sortie, condamné le 2 octobre 1542 et fait partie de l'autodafé de février 1544, sur le parvis de l'église Notre-Dame.

Les procès devant l'Inquisition

En 1542, il publie donc des ouvrages religieux qui attirent l'attention de l'inquisiteur Matthieu Ory. Il est incarcéré en août 1542 dans les prisons lyonnaises, accusé d'être l'auteur d'ouvrages pernicieux et de ne pas croire en l'immortalité de l'âme. Condamné pour avoir imprimé certains de ces ouvrages, mangé de la viande pendant le carême et avoir prétendu préférer le sermon à la messe, il fait appel comme d'abus devant le parlement de Paris, ce qui lui permet d'être transféré des prisons de Roanne à la Conciergerie où il reste 15 mois. Il obtient de nouvelles lettres de rémission grâce à l’intervention de l'évêque de Tulle, Pierre Duchâtel et retourne à Lyon pour reprendre ses activités.Il est emprisonné une seconde fois en 1544, après la découverte de ballots de livres hérétiques portant sa marque d'imprimeur. Il réussit cependant à s'évader et se réfugie dans le Piémont. Il rentre imprudemment en France car il pense pouvoir imprimer à Lyon des lettres pour en appeler à la justice du roi de France, de la reine de Navarre et du Parlement de Paris. C’est dans ces circonstances qu'il publie le Second Enfer, un recueil de lettres adressées aux puissants et destinées à le défendre contre ses accusateurs. Ces lettres sont suivies par deux traductions de Platon, l’Axiochus et une traduction de l’Hipparchus (ou Hipparque, également apocryphe), sous-titré « de la convoytise et affection de gaigner ».

Son troisième procès porte sur l'affaire des ballots de livres, complot certainement organisé par des maîtres-imprimeurs lyonnais. Il lui est également reproché la traduction d'un passage de l'Axochius : « Après la mort, tu ne seras rien du tout ». Dolet a appuyé sa traduction en ajoutant les mots « du tout ». La faculté de théologie de la Sorbonne veut y voir une preuve de l'hérésie de Dolet : il ne croit pas dans l'immortalité de l'âme.

Le 3 août 1546, il fait amende honorable sur le lieu de son supplice en invoquant la Vierge et son saint patron. Selon un retentum de son jugement, il obtient grâce à cela la possibilité d'être pendu, avant que d'être jeté avec ses livres dans son bûcher, sur la place Maubert. Cette place est réservée aux bûchers des imprimeurs : quatre y sont étranglés puis brûlés en 1546.

Une tradition apocryphe rapporte qu'il aurait composé un pentamètre sur le chemin du bûcher : Non dolet ipse Dolet, sed pia turba dolet « Ce n’est pas Dolet lui-même qui s’afflige, mais la multitude vertueuse »), qui lui attira la réponse suivante du prêtre qui l'accompagne : Non pie turba dolet sed Dolet ipse dolet (« ce sera bien Dolet qui souffrira et personne d’autre »).

On ne sait pas si Dolet doit être classé parmi les représentants du protestantisme ou parmi les défenseurs d’un rationalisme antichrétien. Cependant, on sait qu’il n'était pas reconnu par les protestants de son temps et que Jean Calvin l’avait formellement condamné, tout comme Théodore Agrippa d'Aubigné et son maître Simon de Villanova, pour blasphèmes à l’encontre du Fils de Dieu. Ses principaux ennemis sont les autres imprimeurs à qui il fait concurrence, les uns imprimant des livres pour les catholiques et d'autres pour les protestants, mais Dolet est plutôt penché vers les écrits humanistes qui ne se préoccupent pas de religion. Vers 1530, lorsqu'il arrive à Lyon, il existe déjà une centaine d'ateliers d'imprimerie. Il représente donc un concurrent supplémentaire que les autres veulent éliminer. Sa maison est perquisitionnée ; on y trouve des livres interdits, comme l'Institution de Calvin. Il est condamné à la prison par le tribunal ecclésiastique et transféré à Paris, puis gracié par François Ie et relâché.

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