Étienne Clémentel, né le 29 mars 1864 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) et mort le 25 décembre 1936 à Prompsat (Puy-de-Dôme), est un homme politique français de la Troisième République, plusieurs fois ministre.
Il est considéré comme l'un des pères de la technocratie et de l'intervention de l'État dans l'économie en France, ayant regroupé sous son autorité, de 1915 à 1919, la plupart des ministères traitant des questions économiques.
Acteur efficace de l’économie sociale, il est à l’origine de grandes initiatives associatives et coopératives dont la loi Clémentel, votée le 13 mars 1917, sur l’organisation du crédit au commerce et à l’industrie, qui donne officiellement naissance aux Banques populaires en les dotant d’un statut de sociétés coopératives et crée par la même occasion les Sociétés de caution mutuelle. En imposant une vision économique audacieuse, fondée sur la coopération et la solidarité, cette loi a permis aux artisans, commerçants et petits industriels d’accéder au crédit bancaire.
On lui doit également la création des régions en France (1919) et de la première tentative de planification économique (le plan Clémentel en 1919). Partisan de l'organisation professionnelle, il est notamment l'un des initiateurs de la fondation de la CGPF (syndicat patronal ancêtre du Medef), de l'organisation de l'artisanat, de la structure nationale du Crédit agricole, ou encore de la Chambre de commerce internationale dont il sera le premier président (1920).
Sa démarche intellectuelle et son action s’inscrivent dans la doctrine solidariste.
Né en 1864 dans une famille de meuniers et de minotiers aux portes de Clermont-Ferrand, Étienne Clémentel est très tôt orphelin de père. Il est élevé par sa mère dans un faubourg de Riom. Après des études chez les maristes, il obtient des licences de droit et de lettres.
Poussé par la nécessité, il entreprend une carrière de surnuméraire (employé non titulaire) dans l'enregistrement, puis achète une charge de notaire à Riom.
Il se lance dans la carrière politique après le décès de sa première épouse. D'abord élu au conseil municipal de Riom, il accède, en septembre 1900, lors d'une élection partielle, au poste de député à « Riom-plaine », siège qu'il conserve jusqu'en 1919. Il devient maire de Riom en 1904. Il reste à la tête de sa ville jusqu'à sa mort, en 1936.
En 1906, il est administrateur des établissements Bergougnan à Paris (Raymond Bergougnan fut le subrogé tuteur de ses enfants après le décès de la première épouse de Clémentel). La présence de Clémentel à ce conseil d'administration tout comme à celui d'autres sociétés (Les magasins du Louvre, Le Petit Journal, Darracq et la société des caoutchoucs de l’Indochine) alimente une polémique avant comme après guerre.
Il est aussi sénateur du Puy-de-Dôme de 1920 à 1935. Élu conseiller général en 1910, il est président de l'Assemblée départementale de 1911 à 1935.
Au parlement, il se voit confier précocement des fonctions importantes. Vice-président de la Chambre de 1909 à 1914, il est rapporteur du budget général de la France en 1914. À l'automne de la même année, il accède à la présidence de la commission du Budget dont on a pu dire qu'elle était plus importante qu'un ministère.
Clémentel appartient à des cabinets qui ont à prendre des décisions cruciales dans la France d'avant-guerre. Ses premières fonctions sont celles de ministre des Colonies dans le gouvernement Rouvier (janvier 1905 - mars 1906) qui doit régler le problème de la séparation des Églises et de l'État. En 1913, il participe, comme ministre de l'Agriculture, au cabinet Barthou, qui lance le processus de vote de la loi militaire des trois ans (après avoir été d'une période de deux ans depuis 1905, le service militaire repasse à une durée de trois ans à partir de 1913). Enfin, pendant 3 jours, du 9 au 13 juin 1914, en pleine crise politique, il est ministre des Finances dans l'éphémère ministère Ribot.
En 1900, il est l'auteur d'un ouvrage, resté inédit, de théorie économique (ce manuscrit fut longtemps considéré avoir été écrit dans les années 1930).
Pendant la Première Guerre mondiale, il est appelé au poste de ministre du Commerce et de l’industrie le 29 octobre 1915 par Briand. Dans les cinq gouvernements qui se succèdent, Étienne Clémentel est le seul ministre à conserver sa charge aussi longtemps, puisqu'il reste membre de la direction nationale d'octobre 1915 à novembre 1919.
Outre cette longévité exceptionnelle, il ne cesse d'accroître ses fonctions ministérielles. Il hérite en 1915 du portefeuille du Commerce, de l'Industrie et des Postes et Télégraphes. En décembre 1916, il adjoint temporairement à ces fonctions la charge de l'Agriculture et du Travail, regroupant de facto la responsabilité de toute l'économie civile nationale. Clemenceau étend même, à sa demande, ses fonctions au domaine sensible des Transports maritimes et de la Marine marchande, lui donnant ainsi la haute main sur le ravitaillement du pays.
En 1917, il propose d'organiser un réseau de banques coopératives, né en 1878, à Angers. La loi du 13 mars 1917 relative à l’organisation du crédit, au commerce et à l’industrie, organise le réseau spécialisé des Banques Populaires.
Il suggère la création des dix-sept « groupements d'intérêts régionaux » (arrêté ministériel du 5 avril 1919) fondés sur l'ossature des Chambres de commerce. Ils sont à l'origine des régions françaises actuelles. Pour ce projet de régionalisation, Étienne Clémentel prend pour conseiller Henri Hauser, lui-même prenant pour modèle de la réforme les travaux de Paul Vidal de la Blache.
Clémentel souhaite poursuivre après la guerre la collaboration interalliés sur la base d’un « libéralisme organisé ».