Étienne (Estienne), né en 1092 ou 1096 et mort le 25 octobre 1154, aussi connu sous le nom d'Étienne de Blois, est roi d'Angleterre de 1135 à sa mort. Il est également duc de Normandie entre 1135 et 1144, et comte de Boulogne entre 1125 et 1146. Son règne est essentiellement marqué par l'Anarchie, une guerre civile qui l'oppose à sa cousine et rivale Mathilde l'Emperesse, dont le fils Henri II devient le successeur d'Étienne, inaugurant ainsi l'avènement des Plantagenêts.
Étienne voit le jour dans le comté de Blois, en France. Son père Étienne-Henri meurt alors qu'il est encore jeune, et il est élevé par sa mère Adèle de Normandie, fille de Guillaume le Conquérant. Envoyé à la cour de son oncle Henri Ier d'Angleterre, Étienne acquiert son estime et se voit accorder de vastes terres. Il épouse Mathilde de Boulogne, héritière d'importants domaines dans le Kent et à Boulogne, ce qui fait du couple l'un des plus riches d'Angleterre. Le fils d'Henri Ier, Guillaume Adelin, perd la vie lors du naufrage de la Blanche-Nef en 1120. Étienne, qui l'accompagnait juste avant la traversée, sans embarquer, échappe ainsi à la noyade. La mort de Guillaume laisse la succession au trône incertaine. De ce fait, à la mort d'Henri en 1135, Étienne traverse rapidement la Manche et, avec l'aide de son frère Henri, évêque de Winchester et abbé de Glastonbury, se fait rapidement reconnaître comme roi d'Angleterre et couronner, arguant que le maintien de l'ordre dans le royaume prévaut sur ses serments antérieurs de soutenir la succession de la fille d'Henri Ier, Mathilde l'Emperesse.
Les premières années du règne d'Étienne sont largement couronnées de succès, malgré une série d'attaques contre ses possessions en Angleterre et en Normandie menées par David Ier d'Écosse, des rebelles gallois, ainsi que Geoffroy V d'Anjou, l'époux de l'Emperesse. En 1138, Robert de Gloucester, le demi-frère de l'Emperesse, se rebelle contre Étienne, ce qui menace de déclencher une guerre civile. Avec son proche conseiller Galéran IV de Meulan, Étienne prend des mesures fermes pour défendre son autorité. Lorsque l'Emperesse et Robert débarquent en Angleterre en 1139, Étienne ne parvient pas à écraser rapidement la révolte, qui s'implante dans le sud-ouest du royaume. Capturé à la bataille de Lincoln en 1141, il est abandonné par un grand nombre de ses partisans et perd le contrôle de la Normandie. Il n'est libéré qu'après que son épouse et Guillaume d'Ypres, l'un de ses commandants militaires, eurent capturé Robert de Gloucester au cours de la déroute de Winchester, mais la guerre civile s'éternise pendant de nombreuses années sans qu'aucun des deux camps ne puisse prendre l'avantage.
De plus en plus préoccupé de s'assurer de la succession de son fils Eustache sur le trône après sa mort, Étienne tente de convaincre l'Église d'accepter de couronner Eustache de son vivant pour renforcer sa prétention au trône, mais le pape Eugène III refuse, d'autant qu'Étienne se retrouve dans une série de disputes de plus en plus amères avec le clergé. En 1153, le fils de l'Emperesse, Henri, envahit l'Angleterre et conclut une alliance avec de puissants barons pour appuyer sa revendication au trône. Les deux armées se rencontrent à Wallingford, mais les barons des deux camps ne veulent pas se lancer dans une nouvelle bataille. Étienne commence à envisager une paix négociée, dont le processus est accéléré par la mort soudaine d'Eustache. Plus tard dans l'année, Étienne et Henri conviennent par le traité de Winchester que le premier reconnaît le second comme son héritier, ce qui permet la restauration de la paix en Angleterre. Guillaume, le deuxième fils d'Étienne, est ainsi privé de ses droits au trône.
Étienne meurt dès l'année suivante. Les historiens modernes ont longuement débattu de la mesure dans laquelle sa personnalité, les événements extérieurs et les faiblesses de l'empire anglo-normand ont contribué à cette longue période de guerre civile. Étienne a été un monarque peu doué, faible et manquant d'autorité. De plus, son règne a été encadré chronologiquement par deux des plus grands rois anglais du Moyen Âge central, Henri Ier et Henri II, ce qui accentue encore plus le contraste. Si son règne a certes été très chaotique, les historiens actuels considèrent désormais que la condamnation sans appel qu'en ont fait les chroniqueurs contemporains était largement exagérée.
Il est le troisième fils survivant d'Étienne-Henri, comte de Blois-Chartres, et d'Adèle, fille de Guillaume le Conquérant et sœur d'Henri Ier d'Angleterre. Il est probablement déjà né en 1096, et son nom est mentionné dans une charte pour la première fois en 1101. Son père est l'un des principaux barons engagés dans la première croisade. Il s'attire une réputation de traître et de lâche en s'enfuyant de la ville assiégée d'Antioche en 1098, pensant que les croisés vont tous se faire massacrer. De retour dans son comté, il subit les foudres de sa femme qui le renvoie en Terre sainte reconquérir son honneur. Il est tué durant la bataille de Ramla en 1102.
Étienne a pour frères aînés Guillaume de Sully, et Thibaut IV de Blois, qui succède au comtés de Blois et de Champagne en 1102, et pour cadet Henri, moine à Cluny, puis abbé de Glastonbury et évêque de Winchester, qui jouera un rôle important durant son règne. Il est le cousin germain de Mathilde l'Emperesse et Robert de Gloucester, respectivement fille légitime et fils illégitime d'Henri Ier d'Angleterre.
Étienne est éduqué avec ses deux frères aînés à Blois, sous le tutorat de Guillaume le Normand. Geoffroy d'Orléans, plus tard abbé de Crowland, semble aussi avoir été leur tuteur. Il a longtemps été dit qu'Étienne avait été envoyé à la cour royale d'Angleterre pour y être éduqué par son oncle, mais les différents documents juridiques qui nous sont parvenus montrent que c'est faux. Son oncle maternel Henri Ier d'Angleterre le prend sous son aile aux alentours de 1113. Il semble assez probable que c'est à ce moment-là que lui est confié le stratégique comté de Mortain (en remplacement du jeune Robert II de Vitré), au sud-ouest du duché de Normandie, face au comté du Maine et au duché de Bretagne. Probablement au même moment, il rentre totalement dans la sphère anglo-normande et reçoit de vastes domaines en Angleterre, notamment les importants honneurs d'Eye et Lancaster. Il s'agit peut-être d'une compensation pour ne pas avoir reçu l'honneur anglais des comtes de Mortain (région de la Cornouaille notamment). Son oncle lui confie aussi quelques-uns des terres et châteaux confisqués aux Bellême (notamment Alençon et Sées). Ces terres et châteaux avaient été donnés à son frère Thibaut, comte de Blois depuis 1108, mais avec l'accord d'Henri Ier, il les avait échangés contre ses terres héritées dans le comté de Blois. Vers 1120, il reçoit aussi une partie de l'honneur dit d'Eudes le Sénéchal en Angleterre. Au début des années 1120, il a des possessions dans 22 des comtés anglais, et est l'un des plus riches barons du royaume.
Sa nouvelle position à Mortain l'oblige très rapidement à entrer en conflit armé avec ses voisins angevin et capétien. Ici, les intérêts anglo-normands concordent avec ceux de son frère Thibaut IV de Blois. Les deux princes s'allient donc contre leurs ennemis. Durant les années 1116-1119, Étienne défend son comté et vient aussi en aide à son frère. Il commande notamment l'ost bléso-normand qu'il amène à Brie, de crainte que le roi de France Louis VI le Gros ne s'empare de la ville durant une absence de Thibaut.
Il vient aussi à son secours, début novembre 1118, quand il est capturé au combat par la garnison du château de L'Aigle, et le libère. Au même moment, les citoyens de la ville d'Alençon, ville frontière, exaspérés par la brutalité du traitement que leur réserve Étienne et sa garnison, se rebellent et en appellent à l'aide du comte Foulque V d'Anjou. Celui-ci s'empare de la ville et assiège la forteresse. Étienne et son frère Thibaut, qui d'après le moine chroniqueur Orderic Vital sont « avides de gloire » devancent l'ost d'Henri Ier et partent libérer la ville avec leurs propres hommes. Ils sont battus dans un engagement qui a lieu en dehors de la ville, et Henri Ier est obligé de se retirer. Le comte angevin s'empare finalement du château, et Étienne perd ses intérêts dans la région.