Ce Jour-là

Éruption du Tambora en 1815

Éruption volcanique dans les Indes néerlandaises (actuelle Indonésie)

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L'éruption du Tambora en 1815 est une éruption volcanique qui s'est produite sur l'île de Sumbawa, en Indonésie, du 5 au 15 avril 1815. Elle est considérée comme la deuxième éruption la plus violente des temps historiques après celle du Samalas en 1257 sur l'île de Lombok, également en Indonésie. La violence de l'éruption (qui décapite le sommet du volcan et crée une caldeira de 6 km de diamètre), les nuées ardentes, les tsunamis et les pluies de cendres volcaniques détruisent toute vie dans la péninsule de Sanggar et causent au total la mort d'environ 117 000 personnes dans les îles de Sumbawa, Lombok et Bali.

Les aérosols projetés dans la stratosphère voilent la lumière du Soleil et provoquent un hiver volcanique pendant trois ans. Les conséquences sur le climat sont telles que l'année 1816 est surnommée « l'année sans été », avec des moyennes de température jusqu'à 3 °C en dessous des normales, des chutes de neige en plein été dans les latitudes tempérées, des pluies diluviennes dans certaines régions et l'absence presque totale d'ensoleillement. L'hémisphère nord est le plus touché avec des récoltes de céréales et de pommes de terre ravagées en Chine, en Europe et en Amérique du Nord. Les famines se multiplient, tout comme les épidémies de typhus. Des flux migratoires s'organisent, depuis l'Europe occidentale et centrale vers les Amériques, et depuis la côte est des États-Unis vers le Midwest. Au niveau mondial le nombre de victimes des conséquences de l'éruption est estimé entre 100 000 et 200 000 personnes.

Ces évènements consécutifs à l'éruption du Tambora marquent les arts et les sciences, d'autant plus que les causes en restent obscures pour leurs contemporains. La peinture, en premier lieu, est grandement influencée, notamment au travers des couchers de soleil des romantiques William Turner et Caspar David Friedrich. En littérature, le sombre été 1816 inspire le Frankenstein de Mary Shelley. Ces évènements suscitent par ailleurs certaines innovations techniques avec notamment l'invention de la draisienne et des engrais minéraux.

Le Tambora est un volcan actif situé dans l'arc volcanique des Petites îles de la Sonde, aujourd'hui en Indonésie et à l'époque faisant partie des Indes néerlandaises. Le cône volcanique du Tambora, qui culmine à 4 300 m d'altitude avant l'éruption, forme la péninsule de Sanggar, de 60 km de large, au nord de l'île de Sumbawa.

À partir de 1812, le volcan se réveille, après 1 000 ans d'inactivité et alors que les habitants de la région le pensaient éteint. Il montre régulièrement des signes d'activité marqués par des trémors, des éruptions mineures et la projection de nuages de cendres autour du sommet.

Chronologie de la séquence éruptive

Le 5 avril 1815 a lieu une première éruption d'importance, qui engendre un panache volcanique de 33 km de hauteur. Les explosions du volcan sont entendues jusqu'à Java, aux Célèbes et aux Moluques, soit jusqu'à 1 400 km de distance, où elles sont prises pour des coups de canon. Stamford Raffles, le gouverneur de Java, île temporairement sous domination britannique, envoie des troupes terrestres et des navires à la recherche de l'origine des détonations. Durant les jours qui suivent, le Tambora demeure dans un état de faible activité. Les habitants restent sur place.

Le 6 avril, une légère chute de cendres fait comprendre aux habitants de Batavia (aujourd'hui Jakarta) que les détonations entendues la veille et qui ont motivé l'envoi de patrouilles militaires sont en réalité d'origine volcanique.

Deuxième éruption : 10-15 avril

Le paroxysme de l'éruption commence cinq jours plus tard, le 10 avril. Vers 10 heures du matin surviennent des explosions accompagnées d’importantes émission de cendres. En seulement trois heures, un panache de 44 km de haut se forme au-dessus du volcan, dans un bruit assourdissant pour les habitants de Sumbawa. Vers 19 heures, l'activité du volcan augmente encore, suivie une heure plus tard par une pluie de pierres ponces sur le village de Sanggar, 30 km à l'est du cratère. Au même moment, de violentes bourrasques de vent balayent le village, détruisent les maisons et déracinent les arbres. La chute de pierres ponces dure jusqu'à 22 heures. Le volcan à ce moment est alors surmonté d'après des témoins de trois « colonnes de flammes », en fait trois panaches de cendres volcaniques brûlantes. Peu après, les trois colonnes fusionnent et la montagne n'est plus qu'une masse de « feu liquide ». Cela correspond à l'élargissement de la cheminée volcanique dû à l'importance du débit éruptif et aux premiers stades de la formation de la caldeira.

Le panache finit par s'effondrer sous son propre poids, créant plusieurs nuées ardentes qui déferlent de part et d'autre du volcan et ravagent la péninsule de Sanggar où plus aucun être vivant ne subsiste. Ces coulées brûlantes s'étalent radialement autour du volcan et se propagent à la surface de la mer jusqu'à 40 km du cratère. Elles génèrent, en réaction avec l'eau de mer, des explosions phréatiques, augmentant le volume de cendres dispersées dans l'atmosphère, jusqu'à représenter la principale source de cendres volcaniques de l'éruption. In fine, ces explosions provoquent un tsunami qui se propage jusqu'aux îles voisines, sur plusieurs centaines de kilomètres. Le tsunami mesure 4 m de hauteur au pied du volcan, 1 à 2 m sur la côte est de Java, et 2 m sur la côte sud des Moluques.

Le 11 avril, les explosions continuent et sont entendues jusqu'à Bornéo et Sumatra, à 2 000 km du Tambora. Des témoins décrivent le volcan comme étant en feu sur sa base et couvert de fumée au sommet. L'ombrelle éruptive (nuage de cendres formé dans l'atmosphère) commence à s'étendre loin du volcan, principalement vers l'ouest, portée par les vents dominants. Une « odeur nitreuse » est rapportée jusqu'à Java à l'ouest, mais pas dans les Célèbes au nord.

Le 12 avril, tandis que l'éruption continue, l'ombrelle éruptive s'étend au point qu'à 900 km plus à l'est, à Java, alors que retentissent encore les explosions, les premières lueurs du jour n'apparaissent qu'à 10 heures et les oiseaux ne commencent à chanter que vers 11 heures. Le capitaine du Bénarès, navire de la Compagnie des Indes orientales qui naviguait au nord du détroit de Macassar, soit à plus de 1 000 km au nord du volcan, décrit une pluie de cendres et une obscurité totale à midi, la lumière du jour ne revenant que le lendemain. Autour de l'île de Sumbawa, la mer est couverte de troncs d'arbres calcinés et de radeaux de pierre ponce, certains mesurant plusieurs kilomètres de long.

La phase principale de l'éruption cesse le 15 avril 1815. Les retombées de cendres continuent jusqu'au 17 avril après s'être étendues jusqu'à 1 300 km de distance, laissant un paysage dévasté dans toute la région. Des explosions mineures continuent de se produire pendant plusieurs semaines et de la fumée est observée s'échappant du sommet jusqu'au mois d'août.

L'éruption du Tambora, de type plinienne, a une puissance surpassant de dix mille fois celles des bombes atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki réunies. Elle a longtemps été considérée par les volcanologues comme l'éruption la plus violente des temps historiques, devant celle du volcan de l'ancienne île de Santorin, en Grèce, en 1610 av. J.-C., et celle du volcan Taupo, en Nouvelle-Zélande, en 230. Des études scientifiques dans les années 2010 identifient une autre éruption historique, celle du Samalas en 1257, autre volcan indonésien, qu'elles estiment encore plus forte. Toutes ces éruptions sont cotées à 7 sur l'échelle VEI d'explosivité volcanique (le maximum est de 8 mais n'a jamais été observé).

La meilleure estimation à ce jour du volume de téphra émis lors de l'éruption de 1815 est de 41 ± 4 km3 DRE (volume de roche calculé en compensant la porosité), soit à peu près le triple en volume réel - seule l'éruption du Samalas en 1257 la surpasse. À la suite de l'expulsion de tant de magma et de roche, le reste de la montagne s'effondre sur lui-même pour former une grande caldeira de 6 km de diamètre et de 1 km de profondeur, ce qui réduit l'altitude du volcan de 1 400 mètres, soit le tiers de sa hauteur. L'estimation de la quantité de dioxyde de soufre (SO2) émise est réévaluée à 147 Mt en 2023, soit un chiffre bien plus important que pour n'importe quelle autre éruption des temps historiques, y compris le Samalas.

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