Ce Jour-là

Érasme

Écrivain humaniste et théologien néerlandais

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Érasme, également appelé Érasme de Rotterdam, Didier Érasme et Désiré Érasme de Rotterdam (en latin Desiderius Erasmus Roterodamus), né dans la nuit du 27 au 28 octobre 1466, 1467 ou en 1469, à Rotterdam, mort le 12 juillet 1536 à Bâle, est un chanoine régulier de Saint-Augustin, philosophe, humaniste et théologien néerlandais, considéré comme l'une des figures majeures de la culture néerlandaise et occidentale.

Il reste essentiellement connu aujourd'hui pour sa declamatio satirique Éloge de la folie (1511) mais aussi, dans une moindre mesure, pour ses Adages (1500), anthologie de plus de quatre mille citations grecques et latines, et pour ses Colloques (1518), recueil d'essais didactiques aux thèmes variés, bien que son œuvre, autrement vaste et complexe, comprenne des essais et des traités sur un très grand nombre de sujets, sur les problèmes de son temps comme sur l'art, l'éducation, la religion, la guerre ou la philosophie, éclectisme propre aux préoccupations d'un auteur humaniste.

Les noms de famille, à l'époque, n'étaient pas forcément stabilisés. Le père d'Érasme se donnait le nom de Gérard fils d'Élie (Gerardus Helye). Le père d'Érasme lui a donné ce nom car il était un dévot de saint Érasme de Formia, invoqué en cas de détresse par les navigateurs, et qu'il cite par deux fois en 1457-1458 (près de dix ans avant la naissance de son fils) dans des manuscrits qu'il avait retranscrits lors de son activité de copiste à Rome. Il est donc erroné de croire selon une légende née déjà au XVIIe siècle qu'il se serait d'abord appelé Geert Geerts, ou aussi Gerhard Gerhards ou encore Gerrit Gerritsz et aurait traduit ensuite ce nom, contenant apparemment le radical du mot begeren (« désirer »), en son équivalent latin Erasmus.

Il appelle lui-même son père (en latin) Gerardus, et son frère aîné Petrus Gerardus ; d'autre part, un bref du pape le désigne comme Erasmus Rogerii. On en a déduit que son père devait s'appeler en néerlandais Rotger Gerrit ou Gerrits. En réalité, Rogerius était le nom de famille de la mère d'Érasme, que le pape lui donne comme patronyme, car il était un enfant illégitime.

Erasmus est son nom de baptême, venant de celui de saint Érasme, l'un des saints auxiliateurs. Comme en témoigne sa correspondance, dès 1484, il avait alors environ dix-huit ans, il a toujours orthographié correctement son nom Erasmus. Certains imprimeurs l'ont erronément orthographié Herasmus. Il s'est parfois par jeu de mots appelé erasmios, « le charmant », le « désiré » ; son filleul (né en 1516), fils de l'imprimeur Johann Froben et de l'éditrice Gertrude Lachner, a été baptisé Johannes Erasmus, mais a toujours été appelé ensuite Erasmius. Desiderius, doublet et traduction latine de Erasmus, est un autre nom qu'il s'est choisi lui-même et qu'il emploie pour la première fois en 1496 ; il est possible qu'il lui ait été suggéré par sa lecture assidue de la Correspondance de saint Jérôme, dont l'un des correspondants s'appelle ainsi. « De Rotterdam » se dit en latin Rotterdammensis, mais pour des raisons esthétiques il a préféré lui-même écrire, d'abord Roterdamus, ensuite Roterodamus (parfois en grec ὁ Ῥοτερόδαμος, ho Rhoteródamos).

Érasme était un enfant illégitime. Son père Gérard (en hollandais Geert), qui avait été calligraphe et copiste à Rome, se vit refuser le mariage du fait de sa condition et plus tard est devenu prêtre à Gouda. Sa mère, Margaretha Rogerius, est fille d’un barbier chirurgien de Zevenbergen. Toutefois, selon d’autres sources, entre autres une note du médecin Renier Snooy (1478-1537), Érasme serait né à Gouda. Trois ans avant sa naissance, son père et sa mère avaient eu un autre enfant, Pierre. Plus tard, lui-même romancera le tout en prétendant que cette relation a eu lieu avant l'ordination de son père, que celui-ci était parti à Rome, qu'on l'a trompé en lui annonçant par courrier la mort de sa bien-aimée, etc. ; il est certain qu'il savait lui-même que tout cela était faux. La famille était nombreuse (le père avait neuf frères tous mariés), mais aucun cousin ou neveu survivant en cette époque de précarité et exerçant sans doute des métiers éloignés du monde des lettres ne s'est jamais réclamé de sa célébrité venue certes tardivement.

Après avoir passé les quatre premières années de sa vie à Rotterdam, Érasme habite avec sa famille à Gouda. On lit sur une image gravée sur bois : « Goudæ conceptus, Roterodami natus » (conçu à Gouda, né à Rotterdam). C’est à Deventer qu’il suit, de 1475 à 1484, des études dans l'école la plus célèbre de Hollande, l'école du chapitre de Saint-Lébuin, dirigée au début de sa scolarité par Johannes Synthen, des Frères de la vie commune, puis par Alexander Hegius von Heek, un ami de Rudolph Agricola, célèbre humaniste qu'Érasme rencontra dans cette école et qui lui fit grande impression. Cet établissement renommé eut une grande influence sur ses qualités d’humaniste par ses méthodes de travail et d’éducation. Cependant, il exprimera plus tard le souvenir d'un établissement encore « barbare » et de manuels médiévaux inadaptés. Sa scolarité à Deventer est un moment interrompue par une période où il est enfant de chœur à la cathédrale d’Utrecht.

Sa mère meurt lors d'une épidémie de peste en 1483, et son père le rappelle à Gouda ainsi que son frère Pierre ; mais lui-même meurt peu de temps après. Les deux frères sont confiés à trois tuteurs, dont Pierre Winckel, maître d'école à Gouda. Érasme gardera un très mauvais souvenir de cette tutelle. Son frère et lui sont envoyés dans une école de Bois-le-Duc qu'il décrit comme complètement barbare, destinée à plier les jeunes à la discipline monastique ; mais une épidémie de peste les ramène à Gouda. Leurs tuteurs font tout pour les pousser à entrer au couvent. Pierre céda le premier et entra au couvent des chanoines réguliers de Sion (nl), près de Delft. Quelque temps plus tard, Érasme lui-même prononce ses vœux au monastère de Stein, sans doute en 1488. Le 25 avril 1492, il est ordonné prêtre par l'évêque d'Utrecht, David de Bourgogne, mais il dit lui-même qu'il n'a que rarement célébré la messe. Plus tard, le monachisme a été la cible principale de ses attaques lorsqu’il s’en prendra aux maux de l’Église.

En 1493, il peut quitter le monastère de Stein : grâce à sa réputation de brillant latiniste, il se voit proposer le poste de secrétaire d'Henri de Bergues, évêque de Cambrai, un personnage considérable. Il séjourne avec lui notamment à Bruxelles et fréquente la bibliothèque du prieuré de Groenendael, où il découvre l'œuvre de saint Augustin. En 1494 ou 1495, il obtient la permission de l'évêque d'aller étudier à l'Université de Paris.

Il est recommandé par l'évêque à Jean Standonck, le très austère principal flamand du collège de Montaigu, qui avait été formé par les Frères de la vie commune à Gouda. L'ascétisme qui régnait dans l'établissement fit horreur au jeune homme et il n'y resta pas longtemps. Paris était alors le centre principal des études scolastiques, mais subissait aussi l’influence de la Renaissance italienne : des Italiens comme le poète Fauste Andrelin y enseignaient les belles-lettres. Érasme devient très ami de Fauste Andrelin. Il se présente aussi à Robert Gaguin, chef de l'humanisme parisien qui l'accueille avec bienveillance.

Comme étudiant, Érasme choisit de mener une vie indépendante, sans se sentir lié par une nationalité, par des liens académiques, par des coteries religieuses — tout ce qui aurait pu entraver sa liberté de pensée et d’expression littéraire. La langue latine, qui était alors d’un usage universel en Europe, lui permet de se sentir partout chez lui. Il exerce surtout son activité à Paris, à Louvain, en Angleterre et à Bâle. Son premier séjour en Angleterre, en 1499, sous l'impulsion de son élève William Mountjoy, lui permet de nouer des amitiés durables avec les principaux maîtres de la pensée anglaise à cette époque agitée du règne d’Henri VIII : John Colet, Thomas More, Thomas Linacre et William Grocyn (les échanges de lettres entre Érasme et Thomas More, empreintes d'un grand humour, sont d'un ton étonnamment moderne) ; il séjourne au Queens’ College de Cambridge, où il est même possible qu’il ait été étudiant.

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