L’épée (du latin spatha, « chose plate ») est une arme blanche à double tranchant (se distinguant ainsi du sabre) composée d'une lame droite en métal pourvue le cas échéant d'une gouttière (dépression longitudinale), d'une poignée et, à certaines époques, d'une garde protégeant la main et d'un pommeau.
Le terme d’« épée » est polysémique :
il peut désigner une arme de guerre, de la famille et descendant du glaive romain ;
il peut désigner un accessoire de sport, l’épée d’escrime, l'une des trois armes de l'escrime sportive avec le fleuret et le sabre (le terme est dit récursif, désignant à la fois un objet ainsi que la famille à laquelle il appartient).
La forme de l'épée détermine son utilisation, bien que la très grande majorité des épées combinent les deux types d'utilisations possibles de taille et d'estoc :
de taille : coup porté avec le fil de l'épée (l'arête tranchante) ;
d'estoc : coup porté avec la pointe dans l'axe de l'épée, pour transpercer son adversaire.
Il existe aussi des épées sans pointes (épées de bourreau), servant uniquement à la décapitation.
Les épées, c'est-à-dire des armes ayant une lame d'au moins trente centimètres, sont connues dès l'âge du bronze. Elles sont alors réparties en quatre types, dont le plus ancien est celui des « épées à languette large » du Bronze ancien ou moyen, dans la première moitié du IIe millénaire av. J.-C..
Pour l'archéologue et historienne Anne Lehoërff, l'épée en bronze serait née en Europe au IIe millénaire avant notre ère (les premiers connues étant des épées à languette tripartite (de)), et résulterait de l'allongement des lames triangulaires des dagues en silex telle celle que portait Ötzi. Elle est la « première arme de l'histoire », d'usage exclusif, celui destiné à blesser, mutiler et assassiner les ennemis, alors que les lances et les flèches préhistoriques sont destinées à la chasse.
En réalité, les premières armes que l'on peut qualifier d'épées datent du quatrième millénaire avant notre ère. Des épées trouvées lors de fouilles archéologiques à Arslantepe, en Turquie, par l'archéologue Marcella Frangipane datent d'environ 3100 av. J.C.. Ces armes en bronze (alliage cuivre-arsenic) mesurent près 60 cm de long, les métallurgistes utilisant initialement cet alliage par cémentation avant de privilégier l'alliage cuivre-étain.
Une épée en bronze mise au jour en 1979 par l'archéologue Alexei Rezepkin (en) dans un kourgane près du village russe de Novosvobodnaya (en) daterait d'environ 3400 av. J.C.. Cette découverte milite plus en faveur de l'hypothèse de l'historien Jacques Freu qui voit l'apport culturel des empires de la steppe dont les peuples cavaliers armés d'épées auraient importé cette arme en Europe.
À l'âge du bronze final, les « épées à languette tripartite » ont les trois parties de la poignée clairement distinctes (garde, fusée et pommeau) : c'est au plus tard à cette période et probablement plus encore au premier âge du fer que l'arme acquiert une valeur aristocratique. Coûteuse, longue et complexe à élaborer, l'épée semble en effet se trouver exclusivement dans les tombes de personnages importants.
Difficile à produire, l'épée s'affirme au départ comme une arme de prestige et devient durant l'antiquité l'arme par excellence qu'utilise le cavalier pour frapper « de taille » le fantassin. Néanmoins, Celtes, Germains, Romains l'utilisent aussi dans l'infanterie, sous différentes formes. On notera néanmoins que, jusqu'aux premières heures du Moyen Âge et jusqu'au VIIIe siècle, le « long couteau » (scramasaxe et autres) reste plus répandu que l'épée.
Dans le dernier quart du IVe siècle, l'épée celtique (it) (dénommée cladio en gaulois, terme qui a donné le mot glaive), d'une longueur de lame de 60 cm, devient un élément primordial de l'équipement standard du guerrier. Jusqu’à la période romaine, cette épée connaît un allongement de sa lame, tandis que sa pointe s'arrondit, ce qui indique un usage quasi-exclusif de taille.
Les légionnaires romains emploient le glaive (latin gladius), qui se porte au côté droit comme avant lui l'épée gauloise ou ibérique. Le glaive du haut Empire (type « Mayence ») est directement inspiré de l'épée hispanique avec une lame qui peut atteindre soixante centimètres. Par la suite, sa pointe se raccourcit et ses tranchants, jusqu'alors courbés en deux points (une courbure rentrante puis une courbure sortante, lame de type « pistilliforme »), deviennent droits (type « Pompéi »). Le glaive du légionnaire est peut-être l'arme qui contribue le plus à la supériorité militaire romaine des premiers siècles de l'ère chrétienne, notamment en raison de sa capacité à être utilisé de taille et d'estoc.
Parallèlement, la cavalerie romaine, souvent composée de troupes auxiliaires celtes ou germaines, emploie un type d'épée longue (latin spatha). Sous les Sévères, la spatha devient à son tour une arme d'infanterie, avec une lame longue de 60 à 90 cm qui s'élargit progressivement et qui se porte au côté gauche.
Sans doute à cause des traits évoqués, l'épée est une arme dont la fabrication est confiée à des spécialistes. En raison de cela, un modèle est souvent et longtemps imité avant qu'une innovation n'apparaisse. Ainsi, les Germains avaient emprunté l'épée longue aux Celtes. À partir du IIIe siècle environ, la spatha (l'épée longue romaine) s'inspire elle-même des armes germaniques occidentales : elle connaît son heure de gloire au moment des Grandes invasions ; c'est l'épée des Barbares qui triomphe du glaive équipant les cohortes, en quelque sorte.