Le mois de juin 1963 est agité par de nombreux troubles politiques en Iran. Après de longues luttes politiques, le 5 juin 1963 (selon le calendrier persan : le 15 Khordad 1342), l'hodjatoleslam Rouhollah Khomeini est arrêté et l'état d'urgence imposé. Cette journée fut par la suite considérée par Khomeini et ses fidèles comme le début de la révolution iranienne et est aujourd'hui un jour commémoré en Iran. L'arrestation de Khomeini déclenche une vague de violentes manifestations de la part de ses partisans.
Les émeutes se sont d'abord concentrées dans les villes de Téhéran et de Qom et étaient menées par des membres du clergé et des commerçants du Bazar. La protestation s'est ensuite étendue à d'autres villes, critiquant le gouvernement du Premier ministre Asadollah Alam et, plus tard, le chah Mohammad Reza Pahlavi. Le tout a débouché sur de violents affrontements entre les forces de l'ordre et les manifestants à travers tout le pays. Avec le Nehzat-e Azadi (Mouvement pour la liberté de l'Iran) de Mehdī Bāzargān et l'ayatollah Mahmoud Taleghani, membre de l'alliance du parti du Front National, les protestations visaient le programme réformateur de la révolution blanche du chah Mohammad Reza Pahlavi, en particulier la suppression de la féodalité dans le cadre d'une réforme agraire et l'introduction du droit de vote des femmes.
Le point de départ, ce qui fit que Khomeini organisa des protestations contre Mohammad Reza Chah, était la menée des changements sociaux, dont les effets se faisaient déjà sentir en 1962. Jusque là, l'Iran était peu industrialisé. Le pouvoir économique était entre les mains de grands propriétaires terriens et de fondations religieuses. De l'époque de la dynastie Qadjar, l'état impérial d'Iran avait hérité d'une structure féodale qui était encore en grande partie intacte. Le chah Mohammad Reza Pahlavi, monté sur le trône en 1941, s'était depuis un certain temps fixé l'objectif de poursuivre la modernisation du pays entamée par son père Reza Chah Pahlavi, à travers un vaste programme de réformes pour moderniser, la vieille structure féodale, abolir les fondations religieuses et faire de l'Iran un pays industriel moderne.
Le 19 juillet 1962, Mohammad Reza Chah Pahlavi nomme Amir Asadollah Alam au poste de Premier ministre. Alam comptait du reste parmi les plus grands propriétaires terriens de l'Iran, et devrait montrer l'exemple. La Révolution blanche avait déjà été engagée par le prédécesseur d'Alam, le Premier ministre Ali Amini qui avait initiée une importante réforme agraire. Le programme de réforme de la « Révolution du roi et du peuple », allait plus loin : en plus de la suppression de la grande propriété elle s'engageait à obtenir les droits politiques de tous les citoyens, en particulier les droits des femmes.
Les opposants à la réforme, les grands propriétaires terriens et le clergé chiite, se sont rapidement entendus pour faire front et organisèrent la résistance contre les projets de réforme de l'organisation. Le clergé était affecté par les réformes de deux façons : il était financé par les recettes des fondations religieuses, et louaient d'immenses terres aux paysans. Une « expropriation en faveur des paysans contre compensation financière », comme prévu dans le cadre de la Révolution blanche, aurait mis fin à long terme à la sécurité de leurs revenus financiers. Le renforcement des droits politiques des Iraniens, en particulier l'égalité juridique des femmes, serait une dérogation supplémentaire à la charia comme l'était la loi civile iranienne depuis la réforme de la loi (auparavant régie par la charia) par le ministre de la Justice Ali Akbar Davar en 1928. En conséquence Khomeiny dénonça les réformes dès le départ comme dirigées contre l'islam.
Les moyens financiers de la mise en place d'un mouvement de résistance vinrent des grands propriétaires et des commerçants du Bazar, qui voyaient du reste leur monopole économique menacé par l'industrialisation du pays. Politiquement, le mouvement de Résistance du Front National vint soutenir l'opposition au Shah Mohammad Reza Pahlavi, et se montra solidaire avec le clergé.
La réforme de la loi électorale commune de 1962
Le premier affrontement entre le gouvernement et le clergé eut lieu le 7 octobre 1962. Le cabinet du Premier ministre Alam avait adopté un décret par lequel les élections locales devaient être ajustées aux normes démocratiques, les femmes devant pouvoir aller voter et se présenter aux élections. La loi va plus loin que la révolution constitutionnelle persane, qui avait introduit en 1909 le droit de vote mais en divisant les électeurs en fonction de leur appartenance religieuse (et prévoyant selon la Constitution l'élection de députés représentant les groupes religieux musulmans, chrétiens, juifs et zoroastriens), en désirant abolir au niveau local cette séparation. Avec la réforme électorale, l'élection municipale en Iran devait donc devenir universelle, directe, libre, égale et au vote secret, et donc pleinement conforme aux normes démocratiques.
Le décret s'est vite heurté à la résistance farouche du clergé. Tout d'abord, les religieux avançaient que la charia était incompatible avec la possibilité que les femmes votent ou puissent être élues dans la fonction publique. Ils étaient également en désaccord avec l'abolition du vote de classe. En particulier, les membres du clergé étaient irrités par une formulation de la nouvelle loi électorale, qui concernait la prestation de serment des conseillers élus. Le serment devait être fait sur « un livre sacré », et pas forcément le Coran. Avec l'abolition du vote de classe, le clergé chiite a également combattu l'idée que les bahaïs puissent être élus assermentent sur leur Kitab-i-Aqdas.
Les ayatollahs Mohammad Reza Golpayegani, Kasem Schariat-Madari et Haeri ainsi que l'hodjatoleslam Rouhollah Khomeini décidèrent de contacter directement le Shah afin de lui demander de retirer le décret gouvernemental. Si ça ne se faisait pas, il fallait craindre de graves conséquences. Le Shah fit savoir aux prêtres, qu'il comprenait leurs préoccupations et qu'il ferait transmettre au gouvernement leur critique. Cette réaction positive du Shah conforta le clergé, dans sa critique du gouvernement. Khomeini, par la suite, apostrophait directement le Premier ministre Alam : « Si le parlement a décidé de blesser les lois de l'islam en utilisant la constitution et les lois, ses membres sont personnellement responsables. » Cette déclaration ressemblait beaucoup à une menace de mort (ce n'étaient d'ailleurs pas des menaces en l'air, qui furent mises à exécution en 1965, lors de l'assassinat de Premier ministre Hassan Ali Mansur). Quelques jours seulement après le discours de Khomeiny, dans la province du Fars, de violents affrontements avec les organes de sécurité entraînèrent la mort d'un fonctionnaire d'état parmi les rangs des manifestants.
Le 29 novembre 1962, le gouvernement recule : le Premier ministre Alam déclare que les femmes ne participeraient finalement pas aux prochaines élections locales. Aussi le vote de classe est maintenu : la prestation de serment doit, comme précédemment, utiliser « le Coran, la Bible, la Torah ou l'Avesta ». Le clergé vit ses suppliques pleinement appliquées et fut donc plus que satisfait de cette victoire.
Lancement de la Révolution Blanche
Au cours de l'année 1962, Mohammad Reza Chah Pahlavi, dans toutes les provinces du pays, tint des discours, où il présentait les principes de la Révolution blanche. Ses idées sur l'évolution de l'Iran avaient auparavant été énoncées dans le livre Mission pour mon pays qu'il avait écrit en 1961. Lors d'un discours à Téhéran, à l'occasion de son anniversaire, le 26 octobre 1962, il parla de la Révolution blanche comme « une transformation sociale », qui « n'était pas encore arrivée dans les 3000 ans d'Histoire de l'Iran » : « ces réformes visent à donner à tous les citoyens les mêmes droits, et vous les verrez s'accomplir. » A Mashhad, il déclara : « ceux qui souhaitent travailler dans les champs ne seront bientôt plus des vassaux. Vous êtes libre d'être des hommes, qui perçoivent un salaire équitable pour leur travail. »