Ce Jour-là

Émeutes de 2005 dans les banlieues françaises

Émeutes en France

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Les émeutes de 2005 dans les banlieues françaises sont des émeutes qui ont commencé à Clichy-sous-Bois à la suite de la mort de deux adolescents, Zyed Benna et Bouna Traoré, le 27 octobre 2005, électrocutés dans l'enceinte d'un poste électrique alors qu'ils cherchent à échapper à un contrôle de police et de l'envoi, trois jours plus tard, d'une grenade lacrymogène à l'entrée de la mosquée Bilal par des forces de l'ordre victimes de tirs de projectiles.

Le 30 octobre, ce second événement étend les émeutes de Clichy-sous-Bois et Montfermeil à l'ensemble de la Seine-Saint-Denis, puis deux jours plus tard à des communes partout en France. L'état d'urgence est déclaré le 8 novembre, puis prolongé pour une durée de trois semaines. Le 17 novembre, la situation est revenue à la normale. Au total, on compte 2 921 personnes interpellées et trois morts parmi la population, ainsi que des importantes dégradations d'infrastructures et de matériel, en particulier des voitures brûlées.

Ces trois semaines se différencient des autres émeutes urbaines en France par leur durée, leur extension à des nombreuses banlieues, l'ampleur des destructions matérielles et l'ampleur de leur couverture médiatique. Elles sont les plus importantes en France depuis Mai 68 et jusqu'aux émeutes consécutives à la mort de Nahel Merzouk, et sans équivalent en Europe avant les émeutes de 2011 en Angleterre.

Tensions au cours de l'année 2005

Début 2005, une émeute éclate dans le quartier de la Goutte-d'Or à Paris (18e arrondissement), à la suite de la grave blessure par balle causée par un fonctionnaire de police à un jeune homme de 19 ans soupçonné de revendre du crack. Des habitants du quartier réagissent à la supposée bavure et brisent des vitrines, des voitures et des cabines téléphoniques. Six policiers sont légèrement blessés.

Le 1er avril 2005, un jeune homme en scooter se tue en essayant d'échapper à une patrouille de la brigade anti-criminalité (BAC), suscitant plusieurs jours de violences urbaines à Aubervilliers.

Le 20 juin 2005, un enfant est tué par une balle lors d'une fusillade entre deux bandes rivales à la Cité des 4000 à La Courneuve. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, déclare lors de son déplacement sur place vouloir « nettoyer la cité au Kärcher ». Le 25 octobre à Argenteuil, il déclare à une habitante : « Vous en avez assez de cette bande de racailles, hein ? Eh bien, on va vous en débarrasser ».

Du 16 au 19 octobre 2005, quelques jours avant le déclenchement des émeutes nationales, des violences sont identifiées au Mas du Taureau à Vaulx-en-Velin, un quartier connu pour ses soulèvements urbains depuis le début des années 1990. Elles suivent la blessure à la cheville et une rumeur de coma sur un adolescent ayant tenté d'échapper à la BAC sur un scooter volé. Le 27 octobre 2005, dans le quartier de La Duchère à Lyon, dix voitures sont incendiées après une opération de destruction d’un immeuble en présence du ministre des Affaires sociales et du maire de la ville, qui qualifie l'acte de « purement ludique, sans autre motif que de jouer avec l’attention médiatique ».

Le gouvernement intensifie la lutte contre l'économie souterraine et le trafic de drogues qui mobilise une importante main d'œuvre de jeunes des banlieues. Durant les dix premiers mois de 2005, la pression policière contre les trafiquants ne cesse de croître, et plus de 28 000 véhicules sont incendiés, surtout dans les 750 zones urbaines sensibles.

Mort de Zyed Benna et Bouna Traoré

Deux adolescents, Zyed Benna (17 ans) et Bouna Traoré (15 ans) meurent électrocutés le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois, à l'intérieur de l'enceinte d'un poste source, alors qu'ils fuyaient un contrôle de police. Une troisième personne de 17 ans, Muhittin Altun, est également blessée en se cachant elle aussi dans le poste.

Grenade lacrymogène de la mosquée Bilal de Clichy-sous-Bois

Un peu avant 22 h le 30 octobre 2005, une cinquantaine d'émeutiers tirent des pierres sur des voitures de police dans le quartier Anatole-France, à proximité du centre commercial où se trouve également la mosquée Bilal de Clichy-sous-Bois, installée dans un ancien entrepôt et ne ressemblant pas à un édifice religieux. Pendant ce temps, plusieurs dizaines de fidèles musulmans font la prière dans le lieu de culte, particulièrement actif en période de Ramadan. Une grenade lacrymogène de type multipot, remise le 29 octobre aux unités mobiles de sécurité de la direction départementale de sécurité publique, explose à 60 cm de la mosquée, qui doit être évacuée en urgence. Olivier Klein, adjoint au maire, se rend sur place immédiatement : voyant les jeunes de Clichy-sous-Bois se rassembler et les Compagnies républicaines de sécurité (CRS) se préparer à charger, il appelle le maire Claude Dilain pour lui demander d'arrêter ces derniers.

Des policiers reconnaissent être « tombés dans un traquenard ». « Rien ne laissait penser que c’était une mosquée. Or, des jeunes, qui étaient à proximité du bâtiment religieux, ont jeté des projectiles sur la police lorsque celle-ci faisait sa ronde ». Une rumeur rapidement démentie laisse entendre que des grenades lacrymogènes ont été envoyées dans l’enceinte même de la mosquée. L'enquête administrative montre que la grenade a bien été lancée par les forces de l'ordre mais a explosé à l'extérieur de la mosquée. Les dirigeants politiques n'expriment pas d'excuses officielles, et le ministre de l'Intérieur déclare : « Il s'agit bien d'une grenade lacrymogène en dotation des compagnies d'intervention (…) ce qui ne veut pas dire que c'est un tir fait par un policier » : les tensions s'attisent, car le modèle est conçu pour ne pas pouvoir être renvoyé par des manifestants.

Selon Claude Dilain, « c'est à partir de ce moment-là que les émeutes se sont généralisées à la France entière », et pas dès la mort des deux adolescents. Le point de vue est partagé par le politologue Gilles Kepel et par le ministère de l'Intérieur.

La première phase des émeutes correspond à l'émeute locale à Clichy-sous-Bois et Montfermeil. La rumeur de la mort des deux adolescents circule vite. Des mouvements de rue commencent dans la soirée du 27 octobre, ciblant les forces de l'ordre et les sapeurs-pompiers de Paris. Les émeutes locales s'accentuent le 28 octobre après les premières déclarations de Nicolas Sarkozy niant toute responsabilité de la police, puis s'atténuent dans la nuit du 29 au 30 octobre, après une marche silencieuse des familles accompagnées de cinq cents habitants et soutenues par la municipalité. Elles reprennent dans la nuit du 30 octobre au 31 octobre, après le lancer d'une grenade lacrymogène à l'entrée de la mosquée Bilal à Clichy-sous-Bois. Les premières violences sont des actes de vandalisme spontanés et isolés : un cercle de jeunes révoltés incendie des véhicules et des poubelles, puis attaque des pompiers et des policiers, et enfin des Compagnies républicaines de sécurité (CRS).

Les réactions du ministre de l'Intérieur attisent par deux fois les tensions. La première fois, Nicolas Sarkozy entretient un soupçon de délinquance et nie la course-poursuite avec la police, ce qui revient, pour les proches, à nier le statut de victimes des deux morts et à salir leur mémoire. De la même façon, le refus de reconnaître l'erreur après l'affaire de la grenade lacrymogène est perçu comme un acte de mépris. Le rôle de Nicolas Sarkozy, notamment ses pressions supposées sur TF1, est évoqué dans un livre du journaliste d'investigation Jean-Baptiste Rivoire publié en janvier 2022.

Dans l'opposition de l'époque, Manuel Valls fait mention d'une « violence de plus en plus dure » et de « passages à l'acte plus faciles », tandis que Delphine Batho dénote « une aggravation des faits violents » : cette violence des émeutiers est au cœur des différentes réactions politiques quel que soit le parti. Elle est parfois nuancée, par exemple par Éliane Assassi qui mentionne aussi la violence policière.

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