Éliane Viennot, née à Lyon le 3 juillet 1951, est une historienne de la littérature et critique littéraire française.
Elle est professeure émérite de littérature française de la Renaissance à l'université Jean-Monnet-Saint-Étienne.
Née à Lyon le 3 juillet 1951 dans une famille d'origine modeste, Éliane Viennot effectue ses études secondaires à Toulouse. Souhaitant devenir professeure de français, après avoir suivi une classe préparatoire littéraire, elle entame en 1971 une licence à la Sorbonne, et complète sa formation par des cours d'histoire au Centre Clignancourt en 1972-1973, avant de délaisser un temps sa formation au profit d'activités militantes.[réf. nécessaire]
Elle milite au sein du Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (MLAC) et participe avec un collectif de femmes à la création puis à la gestion de la librairie Carabosses (Paris 11e) de 1978 à 1985. Elle intègre en 1975 Révolution !, dont les dissensions en 1978 lui inspirent en 1981 son premier article, « Féminisme et partis politiques, une greffe impossible ».
Après les difficultés rencontrées par la librairie Carabosses, elle reprend ses études, tout d'abord au niveau maitrise avec un mémoire sur « Le mariage et l'amour chez Brantôme ». Elle obtient l'agrégation de lettres modernes puis soutient une thèse de doctorat préparée sous la direction de Madeleine Lazard et consacrée à la vie et à l’œuvre de Marguerite de Valois (1991). Lors de cette phase de rédaction de sa thèse, elle effectue une partie de ses recherches à Seattle, où elle enseigne en même temps pendant deux ans au titre de visiting scholar. Elle mène ensuite une carrière universitaire, en tant que professeure — elle se présente comme « professeuse » —, puis professeure émérite, de littérature française de la Renaissance à l'université Jean-Monnet-Saint-Étienne.
Elle est membre honoraire de l'Institut universitaire de France (senior, promotion 2003, renouvellement 2008).
Elle est spécialiste de la littérature de la Renaissance.
Correspondance de Marguerite de Valois
Éliane Viennot a consacré de nombreuses études à l'histoire et au positionnement des femmes dirigeantes de la Renaissance, en particulier à Marguerite de Valois, qu'elle a contribué à réhabiliter comme autrice et comme femme politique, et dont elle a édité les œuvres complètes (Correspondance 1569-1614 et Mémoires et autres écrits : 1574-1614), accompagnées d'un abondant appareil critique.
En 1999, elle co-dirige avec Kathleen Wilson-Chevalier Royaume de fémynie, Pouvoirs, contraintes, espaces de liberté des femmes, de la Renaissance à la Fronde, un ouvrage recueillant les contributions de seize spécialistes de l'histoire des femmes sous l'Ancien Régime, et dont le but est de réévaluer à leur juste mesure l'image et les œuvres féminines à la Renaissance, en s'appuyant sur leur participation réelle à la société d'alors et sur l’importance des influences politiques et culturelles exercées par les reines sur leur entourage, voire sur le pays. L'ensemble met en évidence la tendance à invisibiliser ces femmes, en privilégiant les préjugés attachés à leur sexe. En particulier, Éliane Viennot prend appui sur les conditions que Marguerite de Valois mit à son divorce mais aussi sur les combats militaires qu’elle mena en vue de protéger le Royaume pour montrer « que [sa] sulfureuse et injuste réputation occulte sa dimension de femme d’État ».
Éliane Viennot étudie ensuite plus largement l'histoire des relations de pouvoir entre les sexes sur la longue durée, avec comme fil conducteur l'histoire de la loi salique et de l'exception française en la matière, en montrant comment, outre la création de nouvelles règles de succession au XVe siècle, cette idée est utilisée pour lutter contre les femmes au pouvoir. C'est la découverte du mauvais classement de la France, qui est 62e au monde en termes de féminisation de ses instances dirigeantes, en rupture avec la vision qu'elle s'était forgée lors de ses études sur le Moyen Âge, qui l'amènent à s'interroger sur les mécanismes à l'origine de cette situation. Elle rédige la série d'ouvrages sur La France, les femmes et le pouvoir.
Dans le premier tome qui couvre plus de dix siècles, L'invention de la loi salique (Ve – XVIe siècle), elle part de l'invention bien connue des historiens qui a transformé tardivement, au XVe siècle, une vieille loi du droit privé en vigueur sous les Francs saliens en règle successorale de la royauté. Après avoir recherché l'origine exacte de ce qu'elle qualifie de « mensonge national » et en avoir étudié les différentes formulations et modifications, elle décrit le rôle des femmes appartenant à l'élite barbare, dont celui de plusieurs reines. Elle pose l'hypothèse d'une alliance stratégique temporaire entre femmes et l'Église, en contrepartie de la conversion de leurs maris, alliance qui perdure jusqu'au XIIe siècle. Elle considère cette période comme étant « l'âge d'or des femmes » grâce à l'acceptation des règles de consentement des deux époux et de l'indissolubilité du mariage, facteurs qui renforcent leur statut dans les familles régnantes dans toute l'Europe chrétienne. Leur situation se retourne aux XIIIe et XIVe siècles, avec l'avènement d'une nouvelle classe sociale montante qu'elle nomme clergie, les clercs formés pour la plupart dans les universités. Leur accession au pouvoir administratif s'accompagne de discours misogynes et d'une volonté d'exclure les femmes du pouvoir, rhétorique que Viennot analyse en profondeur. Cette attitude des clercs est rejetée dans un premier temps par l'élite et l'Église, notamment par les religieuses, jusqu'à ce que la condition des femmes se dégrade, au même moment qu'est exhumée la loi salique. Des femmes telles que Christine de Pisan s'opposent au discours démonologiques et la chasse aux sorcières qui voit alors jour. Après avoir abordé la période de la Renaissance, avec en première partie du chapitre XII une description des évènements politiques au crible d'une restitution presque exclusivement au féminin, elle aborde la question de la querelle des femmes avant de détailler les tentatives de contorsions pour transposer la loi salique à cette époque. Les historiens d'alors rejettent l'idée que cet ancien article de loi puisse écarter les femmes du pouvoir royal. Ils justifient toutefois la règle de dévolution du trône à la ligne masculine comme relevant de la coutume et acquérant donc force de loi. La loi salique est ensuite instrumentalisée à la fois par les catholiques et les protestants. Ils s'en servent pour tenter chacun d'asseoir leur supériorité au cours des guerres de religion, et la loi revisitée devient une loi du royaume, signant ainsi de manière définitive l'exclusion des femmes de l'accès au trône. […]
Alors que le XIXe siècle est souvent présenté comme marquant le début de l'émancipation des femmes, Éliane Viennot dans Et la modernité fut masculine - 1789-1804, s'appuyant fortement sur l'histoire politique et littéraire, s'attache au contraire à mettre en évidence les freins à cette émancipation lors de la période révolutionnaire, avec en couronnement la rédaction du Code civil de Napoléon. Celui-ci scelle les inégalités entre hommes et femmes en faisant de ces dernières des mineures à vie. Pendant la Révolution, il existe deux forces en présence, l'une poussant à l'égalité, avec des cahiers de doléance et la présence des femmes non seulement dans les différents clubs et autres lieux de socialisation politiques mais aussi lors des émeutes et des révoltes, l'autre est empreinte du rejet du féminin, rejet visible lors des débats ayant accompagné l’écriture de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Si les femmes obtiennent à cette occasion certains droits à égalité en même temps que les hommes (égalité des héritiers — en l’absence de testament —, abolition des lettres de cachet, instauration du divorce), elles sont en revanche exclues de l'institution judiciaire y compris en tant que plaignantes potentielles, la question de leur instruction est négligée et le droit de vote, dit universel, ne leur est pas accordé. Éliane Viennot insiste sur l'éviction progressive des femmes dans les discours, les débats et les actions publiques en partie en raison de leur exclusion des clubs, et par une montée des violences à leur égard à partir de la Terreur. Leur situation se dégrade encore à partir de 1795, avec la remise en cause des quelques acquis de la Révolution, et un discours de plus en plus diffusé inscrivant dans les esprits la subordination féminine.