Les élections municipales sud-africaines de 2016 ont eu lieu le 3 août 2016 sur tout le territoire de l'Afrique du Sud. Elles ont permis d'élire les membres des conseils municipaux et ceux des conseils métropolitains ainsi qu'une partie des membres des districts municipaux. Les nouveaux élus auront notamment la tâche d'élire les nouveaux maires, chefs des exécutifs locaux, ainsi que les "speakers" (président) de chaque conseil municipal.
Le Congrès national africain (ANC) gouverne la majorité des 44 districts et 226 municipalités locales d'Afrique du Sud ainsi que 7 des 8 municipalités métropolitaines du pays. Plus précisément, l'ANC gouverne seule 198 des 278 municipalités locales et de districts sortantes.
L'Alliance démocratique (DA), majoritaire dans la province du Cap-Occidental, gouverne seule 18 conseils municipaux dont la municipalité métropolitaine du Cap, George, Mossel Bay, Stellenbosch, Overstrand, Bitou, Drakenstein, Midvaal (dans le Gauteng) et Baviaans (dans le Cap-Oriental). Elle dirige également plusieurs municipalités dans le cadre de coalition, notamment à Swellendam, Hessequa et Langeberg et co-dirige également Hatam et Thembelihle dans le Cap-du-Nord, en coalition avec le COPE et des indépendants.
Au vu des derniers résultats et de sa progression continue en termes de suffrages électoraux, son ambition est de s'imposer dans les municipalités de Tshwane, Johannesburg, de la métropole Nelson Mandela et de Tlokwe (dont le chef-lieu est la ville de Potchefstroom).
Globalement, 36 municipalités sont gouvernées par des coalitions impliquant l'ANC ou la DA.
Présent dans 3 000 circonscriptions, le Front de la liberté (FF+) présente, pour la première fois, des candidats coloureds non seulement dans la province du Cap-Nord mais aussi dans la métropole du Cap (notamment dans les circonscriptions de Bonteheuwel, Parow et Athlone) et à Johannesburg.
Ce sont aussi les premières élections municipales auxquelles participent les Economic Freedom Fighters (EFF) qui ambitionnent de remporter toutes les municipalités de la province du Limpopo, notamment Polokwane, mais aussi d'être le faiseur de rois dans les municipalités où aucune majorité absolue n'aurait été atteinte par l'ANC ou la DA.
Enfin, le National Freedom Party, plutôt actif au KwaZulu-Natal, ne pourra présenter des candidats à cette élection, faute de s'être inscrit à temps auprès de la commission électorale.
En tout, 200 partis politiques et 61 014 candidats se présentent à ces élections municipales du 3 août 2016.
En vue de ces élections, le gouvernement a procédé à la réduction du nombre de municipalités et au redécoupage de certaines circonscriptions municipales. 34 circonscriptions ont été redécoupées, affectant un total de 90 municipalités. En outre, lors des élections municipales de 2011, le pays comptait 278 municipalités locales et de districts. Pour ces élections, il n'en compte plus que 257 (soit 21 municipalités en moins). Le gouvernement a notamment procédé à cette réduction en fusionnant plusieurs municipalités telle que les municipalités de Ventersdorp (ANC) et de Tlokwe (ANC mais susceptible de basculer vers la DA) ou encore celle de Baviaans (DA) avec deux autres municipalités dominées par l'ANC. La DA a notamment dénoncé un redécoupage absurde qui serait une forme de gerrymandering.
La campagne électorale est marquée par de violents incidents à Pretoria (juin 2016) où des habitants de Tshwane rejettent Thoko Didiza, la candidate nommée par l'ANC pour le poste de maire à la place de Kgosientsho Ramokgopa, le titulaire sortant. Commencée à Mamelodi, la violence, marquée par des incendies de voitures et de bus ainsi que par des pillages de commerces appartenant à des étrangers, s'étend par la suite aux townships voisins d'Atteridgeville, de Winterveldt, Soshanguve, Hammanskraal, Mabopane et Ga-Rankuwa puis jusqu'au centre de la capitale, devenu un no man's land, et aux quartiers d'Arcadia et de Sunnyside . Cinq personnes sont tuées au cours des émeutes et 200 personnes arrêtées par la police.
Il apparait qu'en désignant Didiza comme tête de liste, l'ANC aurait tenté de trouver un candidat neutre pour ne pas trancher entre les factions internes opposant le maire sortant à Mapiti Matsena, l'un de ses adjoints. À cela s'ajoutent des haines ethniques, Didiza étant une zoulou vivant à Pretoria mais originaire du KwaZulu-Natal, nommée dans une région où les populations noires sont plutôt pedis, tswanas ou tsongas. En outre, l'ANC, éclaboussé par des allégations de corruption contre le président Jacob Zuma, rongé par le factionnalisme, la corruption et le manque de dirigeants crédibles, paie aussi un fort mécontentement de la population à son égard.
Sur le plan national, plusieurs militants et responsables locaux de l'ANC ont été assassinés, notamment au Kwazulu-Natal, victimes de règlements de compte internes et de la tension radicale croissante au sein de l’ANC.
En outre, la SABC est accusée de censure et de partialité dans le traitement de l'information au profit du gouvernement et de l'ANC, accusation notamment relayée par plusieurs journalistes sud-africains de différents médias, par Jimi Matthews, le président démissionnaire de la SABC, et par l’Association Mondiale des Journaux et des Éditeurs de Médias d’Information. Des spots de campagne de l’opposition ont ainsi été suspendus, les critiques contre le président Zuma éludées et des manifestations « violentes » non couvertes.
Des sondages, réalisés par l'institut Ipsos en juin 2016, donnaient l'Alliance démocratique gagnantes dans les municipalités de Tshwane (Pretoria) et de la métropole Nelson Mandela (Port Elizabeth), et au coude à coude avec l'ANC à Johannesburg .
En juillet 2016, l'écart s’était agrandi dans les sondages entre les deux premières forces politiques du pays. Un sondage Ipsos accordait ainsi 42 % des voix à la DA à Tshwane contre 23 % à l'ANC lequel n'augurait cependant pas une victoire aussi nette en sièges pour la DA. Dans la métropole Nelson Mandela, un autre sondage Ipsos donnait également 42 % des voix à la DA contre 21 % à l'ANC et 10 % aux EFF. Les mêmes tendances favorables à la DA s'observaient à Johannesburg tandis que le scrutin s'annonçait également serré à Ekurhuleni.
Au soir des résultats, si l'ANC enregistre sa plus forte baisse électorale (moins 7 points) et son plus faible score national (53,91 %), il conserve la très grande majorité des municipalités sous son contrôle, en particulier en zone rurale. Cette baisse nationale de l'ANC peut être analysée comme liée aux scandales de corruption visant le président Jacob Zuma et aux mauvaises performances économiques de l'Afrique du Sud.
L'Alliance démocratique, vainqueur attendu dans la province du Cap occidental, poursuit sa percée dans les zones urbaines du pays, en devançant notamment l'ANC à Tshwane et à Nelson Mandela Bay et en la talonnant à Johannesburg . Par le jeu des alliances, elle peut espérer gouverner ces 3 municipalités.