Les élections municipales françaises de 2020 visent à procéder au renouvellement des conseils municipaux des communes françaises et des conseils communautaires des intercommunalités.
Le premier tour se tient de façon controversée le 15 mars 2020, en pleine pandémie de maladie à coronavirus (Covid-19). En raison de celle-ci, le second tour, initialement prévu le 22 mars, est d'abord reporté sine die, puis au 28 juin suivant. De même, les élections des maires et adjoints des 30 143 communes dont le conseil municipal a été élu au complet dès le premier tour sont reportées au mois de mai : le mandat des conseillers municipaux et communautaires de la mandature 2014-2020 est ainsi prorogé jusqu'à l'entrée en fonction des nouveaux élus.
Dans ce contexte de crise sanitaire, mais aussi en raison d'un désintérêt croissant pour la politique selon les analystes[Qui ?], ces élections sont marquées par un taux d'abstention record : 55 % au premier tour et 58 % au second, soit plus de 20 points de plus qu'au second tour des élections municipales de 2014.
Ces élections, notamment le second tour, voient la victoire d'Europe Écologie Les Verts (EELV) dans plusieurs grandes villes de France, tandis que le Parti socialiste (PS) obtient des scores honorables. Les Républicains (LR) sont en recul dans les plus grandes communes mais parviennent à se renforcer dans celles de taille moyenne. Le parti centriste du président Emmanuel Macron, La République en marche (LREM), obtient des résultats jugés très décevants au vu de ses espérances initiales. De son côté, malgré des résultats mitigés, le Rassemblement national (RN) remporte une ville de plus de 100 000 habitants, Perpignan, pour la première fois depuis 1995.
Lors des élections municipales de 2014, la droite parlementaire l'avait emporté dans la plupart des communes au détriment de la gauche, tandis que l'extrême droite remportait 14 municipalités, dont Hénin-Beaumont dès le premier tour de scrutin, une première. Le Parti communiste français (PCF) résistait dans quelques-uns de ses bastions, notamment en Seine-Saint-Denis, tandis que les écologistes remportaient pour la seconde fois après Montreuil une ville de plus de 100 000 habitants, à Grenoble.
Depuis l'élection présidentielle de 2017, l'échiquier politique français est fortement modifié par l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron. Son parti, La République en marche (LREM), a fortement fragilisé les partis de gouvernements au pouvoir depuis 1958, notamment le Parti socialiste (PS) et Les Républicains (LR).
Pour la première fois depuis 1995, un nombre important de maires renoncent à se représenter. Parmi les nombreux maires sortants qui ne se représentent pas figure Jean-Claude Gaudin, qui a été élu pour la première fois maire de Marseille en 1995.
Ces élections interviennent dans un contexte social tendu issu du mouvement des Gilets jaunes, qui se poursuit depuis le 17 novembre 2018, et du mouvement social contre la réforme des retraites, qui débute le 5 décembre 2019. Des grèves et des manifestations perturbent la vie économique du pays pendant l'hiver 2019-2020.
Les rassemblements de plus de 100 personnes sont interdits depuis le 13 mars 2020 en raison de la pandémie de Covid-19, ce qui conduit à l'annulation de certaines manifestations, mais l'appel national des Gilets Jaunes pour l'acte 70 est maintenu pour le samedi 14 mars, donnant lieu à des violences dans Paris la veille du premier tour du scrutin.
Pandémie de Covid-19 et maintien du premier tour
Les élections se tiennent dans un contexte de crise sanitaire liée à la propagation de la Covid-19, notamment dans l'Oise, le Haut-Rhin et en Corse. La question du report des élections est régulièrement posée, mais rencontre un écho contrasté dans la classe politique française : dès le 4 mars, l'Association des maires de France (AMF) fait savoir par sa porte-parole Agnès Le Brun, maire de Morlaix, qu'elle souhaite le maintien du scrutin au 15 mars, tandis que le sénateur LR de l’Oise Jérôme Bascher réclame un report des élections, accusant le gouvernement « d’impréparation » en matière de protection de « ceux qui tiendront les bureaux municipaux » ; le secrétaire d’État Laurent Nuñez parle alors d’accusations indignes, rappelle la nécessité d'une loi pour modifier la date des élections et déclare qu'il n’y a « pas de risque à se rendre dans un bureau de vote où les personnes votent de manière très espacée ».
Outre des questions pratiques telles que la réouverture ou non des inscriptions sur les listes électorales ou le devenir des dépenses engagées sur les comptes de campagne, organiser le report de ces élections à une date aussi rapprochée de l'échéance soulève des questions d'ordre juridique et constitutionnel compliquées. L'article L. 227 du code électoral empêche, en théorie, que les dates des élections municipales soient modifiées moins de trois mois avant leur tenue, qui doit obligatoirement avoir lieu « en mars », de sorte qu'un report à une semaine du scrutin au-delà de mars 2020 ouvrirait la voie à des contestations ; l'article 16 de la Constitution permettrait de s'affranchir du problème, mais n'a été utilisé qu'une seule fois sous la Ve République, lors du putsch des généraux en 1961, ce qui exposerait le président français à des critiques pour dérive autoritaire. La solution pourrait alors être la loi de 1955 sur l'état d'urgence.
Le 9 mars, une circulaire signée par le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner est adressée aux préfets pour évoquer le recueil des procurations des « personnes vulnérables accueillies dans des hébergements collectifs ». Invoquant des ambiguïtés, l'Association de défense des libertés constitutionnelles, un groupe de juristes, forme un recours, qui aboutit à des réserves d'interprétation du Conseil d'État le 12 mars.
Le 12 mars, le report des élections semble être sérieusement envisagé par l'exécutif français, sur la base de « nouvelles données scientifiques » qui auraient fait évoluer la position d'Emmanuel Macron ; l'état d'urgence et l'article 16 seraient également « sur la table ». Plusieurs personnalités de l'opposition font alors savoir qu'elles s'opposent fermement à toute idée de report des élections municipales du 15 mars ; le président des Républicains, Christian Jacob, déclare notamment que « si c'était le cas, c'est un coup d'État, c'est un coup de force institutionnel, c'est l'utilisation de la crise sanitaire pour éviter une débâcle électorale ».
L'option est officiellement écartée en fin de journée. Pour Emmanuel Macron, qui s’exprime à 20 heures, les scientifiques indiquent que « rien ne s'oppose à ce que les Français, même les plus vulnérables, se rendent aux urnes ». Il annonce également la fermeture des écoles pour le lundi suivant. Selon Olivier Faure, Agnès Firmin-Le Bodo, Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen, il n'avait jamais été question de report lors de la réunion qui s'était tenue le matin même à l'hôtel Matignon avec les chefs des partis, les présidents des Assemblées et des groupes parlementaires ainsi que les présidents des associations d'élus réunis par le Premier ministre, Édouard Philippe. Le maintien du scrutin aurait été exigé par le président du Sénat, Gérard Larcher, et le président de l’Association des maires de France, François Baroin. Les jours suivants, la majorité indique que le chef de l’État se serait rallié à leurs vues.
Olivier Véran, ministre de la Santé, explique que ce choix « n'a pas été politique » et qu’il repose sur un « appel aux meilleurs scientifiques du pays », via le conseil scientifique, présidé par Jean-François Delfraissy, « cador de l'épidémiologie », en soulignant que « chacun pourra venir avec son stylo » et qu'« il y aura du gel hydroalcoolique avant et après » le vote, mais aussi « des panneaux qui informeront sur les gestes barrières ». Pour l'éditorialiste Christophe Barbier, chroniqueur sur BFM TV, l'agitation autour du report des élections aurait été une stratégie de « communication de l'Élysée » : selon lui, le report des élections municipales n'avait pas de « base politique car tous les partis étaient contre, et pas de base médicale car dans un bureau de vote, on peut s'organiser » ; Emmanuel Macron « savait qu'il n'arrêterait pas les municipales mais il a voulu montrer aux Français que même l'impossible, il pouvait l'envisager ». Réalisé avant l'allocution du 12 mars, un sondage Odoxa indique que 64 % des Français approuvent le maintien des élections municipales, bien que 22 % des sondés souhaitant voter déclarent pouvoir s’abstenir à cause de la pandémie.