L'Église de Perse ou Église de l'Orient (syriaque : ܥܕܬܐ ܕܡܕܢܚܐ, Ēdtāʾ d-Maḏenḥā), parfois appelée Église d'Assyrie ou Église de Mésopotamie, fut une des premières Églises chrétiennes. Selon la tradition, elle aurait été fondée par l'apôtre Thomas.
D'abord dans la juridiction de l'Église d'Antioche, elle proclama son indépendance en 424 en tant que Catholicosat de Séleucie-Ctésiphon.
Elle a connu plusieurs schismes au cours de son histoire et aujourd'hui plusieurs Églises, appartenant à des communions différentes, en sont les héritières directes :
l'Église apostolique assyrienne de l'Orient
l'Église catholique chaldéenne
Les différentes Églises orientales des chrétiens de saint Thomas dans le Sud de l'Inde, qui sont nées de l'importante activité missionnaire de l'Église de l'Orient en Inde, en sont également héritières, même si les affiliations se sont diversifiées et complexifiées.
Selon la tradition, Mari, disciple de Thaddée le fondateur de la communauté d'Édesse (connu localement sous le nom d'Addai), aurait annoncé l'Évangile dans la région de Ctésiphon. « Dans les chroniques médiévales, la liste épiscopale de Ctésiphon-Séleucie mentionne Abris « de la famille et de la race de Joseph » (l'époux de Marie) et le fondateur de cette église à la fin du Ier siècle, puis Abraham « un parent de Jacques appelé le frère du Seigneur ». »
Les Parthes, puis les Sassanides qui s’emparent de la Mésopotamie à partir de 266, se méfient des chrétiens qu’ils perçoivent comme dépendants de Byzance. Aussi, l'Église de Perse, qui prend de plus en plus d'importance par rapport à celle d'Antioche grâce à ses écoles et ses monastères et au développement territorial de l’Empire perse, veut manifester sa propre identité.
Le processus d’autonomie commence, lors d'un concile dans la ville de Séleucie, en 310, lorsque l’évêque de Séleucie-Ctésiphon, Mar Papa bar Aggai (310-329), fédère les différentes Églises locales de Mésopotamie et de Perse et prend le titre de catholicos de l'Orient, tout en demeurant dans la juridiction de l'Église d'Antioche. Ce titre de catholicos sera repris par ses successeurs.
Mais dans l'Empire romain, le christianisme devient religion d'État, et la Perse, en guerre contre Byzance, doute de la loyauté de ses propres communautés chrétiennes. Les chrétiens, apparaissant comme susceptibles d'apporter un soutien à l'Empire romain, sont persécutés par le roi Shapur II (309-379) qui tente de démanteler la structure de l'Église et fait périr vierges et clercs dont les catholicos Simon bar Sabbae (341), Shahdost (342) et Bar Bashmin (346). Le siège épiscopal de Séleucie-Ctésiphon reste vacant pendant près de vingt ans (346-363). Après la prise de Nisibe par les Perses en 363, beaucoup de chrétiens vont s'installer, en territoire romain, à Édesse, dont l'école théologique prendra le nom de l'« École des Perses ».
En 410, après la période de persécution, l'Église de Perse se réorganise lors d'un concile dans la ville de Séleucie. En 424, au synode de Mar Kabtha d'Tayiayé (Markabta), sous la conduite de son catholicos, Dadisho Ier, elle se détache du Patriarcat d'Antioche en décrètant son autocéphalie et l'autonomie canonique absolue de son catholicos.
En 431, le concile d'Éphèse condamne Nestorius, le patriarche de Constantinople, et ses positions christologiques. L'Église de Perse, qui n'était pas représentée au concile, n'en reconnaît pas les conclusions. À la suite de cette condamnation, un nombre important de clercs favorables à Nestorius quittent l'Empire romain pour se réfugier en Perse autour de l'école théologique de Nisibe.
En 484, lors du concile de Beth Lapat, à l'instigation de Barsauma, l'Église de Perse affirme son adhésion à l'enseignement théologique de Théodore de Mopsueste, ce qui lui vaut le qualificatif d'« Église nestorienne ». Cela permet aux chrétiens de Perse de se démarquer de l'Église de l'Empire byzantin, ce qui ne leur évite toutefois pas des persécutions ultérieures.
L'Église de Perse est ainsi la première en Orient à se séparer de l'Église impériale et à devenir indépendante.
Ibas, évêque de Nisibe (aujourd'hui Nusaybin en Turquie) de 435 à 457, tout en renouvelant l'anathème jeté sur Nestorius, favorisa indirectement la diffusion de sa doctrine en fondant à Édesse une école dans laquelle étaient enseignées les œuvres de Théodore de Mopsueste, Diodore de Tarse et Théodoret de Cyr. Nestorius y était lu et étudié. Même avant la destruction de cette école en 489, des étudiants se dispersèrent dans la Perse voisine.
L'évêque de Nisibe était en grande faveur auprès de l'empereur Péroz Ier et il le persuada de l'intérêt qu'il n'y eût en Perse que des chrétiens d'obédience différente de celles de l'Empire romain.
Péroz meurt peu de temps après la mort de Babowaï et l'évêque de Nisibe a beaucoup moins d'influence auprès de son successeur, Valash. Bien que Barsauma s'oppose tout d'abord au catholicos Acacius en août 485, il le rencontre et finit par se soumettre, reconnaissant la nécessité de la primauté de Ctésiphon. Il ouvre une école à Nisibe qui devient encore plus fameuse que celle d'Édesse. Son recteur est Narsaï le Lépreux, écrivain très prolifique dont peu d'œuvres ont survécu. Ses règles sont encore conservées, et elle attire jusqu'à huit cents étudiants. La renommée de cet établissement théologique est telle que le pape Agapet Ier et Cassiodore souhaitent fonder l'équivalent en Italie. Ceci ne peut se réaliser, du fait des troubles politiques de l'époque, mais le monastère fondé par Cassiodore à Vivarium s'inspire de l'exemple de Nisibe.
Barsauma meurt entre 492 et 495, puis Acacius en 496 ou 497. Narsaï est sans doute mort plus tard. Au concile de Beth Lapat, en 484, Barsauma impose Théodore de Mopsueste comme théologien de référence de l'Église de l'Orient, et non pas Nestorius, qui est reconnu comme docteur seulement au VIIe siècle, et toujours avec une importance bien moindre.