Ce Jour-là

Édouard de Castelnau

Militaire français

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Édouard de Castelnau (Édouard de Curières de Castelnau), né le 24 décembre 1851 à Saint-Affrique (Aveyron) et mort le 18 mars 1944 à Montastruc-la-Conseillère (Haute-Garonne), au château de Lasserre, est un général d'armée français, grand-croix de la Légion d'honneur et médaillé militaire.

Il est commandant de groupe d'armées et chef d'état-major des armées durant la Première Guerre mondiale. Il joue un rôle important dans la victoire française lors de la bataille de Verdun.

Élu député en 1919, il préside la Commission de l'armée pendant la législature. Il prend ensuite en 1924 la tête de la Ligue des patriotes et celle d'un mouvement politique confessionnel, la Fédération nationale catholique (FNC). Pendant la Seconde Guerre mondiale, opposé au maréchal Pétain et au régime de Vichy, il soutient la Résistance.

Il fut longtemps controversé en raison d'un catholicisme militant jugé outrancier. Les historiens modèrent sensiblement ce portrait en soulignant sa loyauté aux institutions républicaines, contestant notamment qu'il ait pu être réactionnaire.

Noël Édouard Marie Joseph de Curières de Castelnau naît à Saint-Affrique, de Michel de Castelnau, maire de Saint-Affrique, dans une famille de la noblesse du Rouergue. Il est le troisième de cinq enfants. Son frère ainé, Léonce, est un homme politique d'envergure nationale, président du groupe parlementaire de l'Action libérale à la chambre des députés. Son autre frère, Clément, est directeur de l'École des mines de Saint-Étienne.

Ruinée par la Révolution française, sa famille doit partager une maison à Saint-Affrique avec les trois oncles de sa mère, les abbés Barthe. Ceux-ci le verraient bien notaire : il veut être officier de marine.

Il est marié à Marie Barthe (1858-1927). Trois de ses fils, Gérald (1879-1914), Xavier (1893-1914) et Hugues (1895-1915), sont tués lors de la Grande Guerre. Lors de la Seconde Guerre mondiale, son petit-fils Urbain de La Croix (1919-1945) et ses petits-neveux, Jean de Castelnau (1913-1944) et Noël de Mauroy (1924-1944), tombent également au champ d'honneur.

Il existe aujourd'hui plus de trois cents descendants en ligne directe du général Édouard de Castelnau dont 90 arrières-petits-enfants. Trente de ses descendants portent le nom de Castelnau et parmi eux des chefs d'entreprises, des avocats, une scénariste française célèbre, un intervenant auprès de la Commission des évêques.

Trop jeune pour la Marine, Édouard de Castelnau se réoriente vers l'Armée de terre. Il fait partie de la 54e promotion de Saint-Cyr, la promotion du Rhin (1869-1871), modifiée après la guerre en promotion du 14 août 1870, dont il sort sous-lieutenant le 14 août 1870. Il est nommé au 31e régiment d'infanterie et participe à la guerre franco-allemande de 1870 dans l’armée de la Loire.

Après l’armistice, alors âgé de dix-neuf ans, il participe avec son régiment, sous les ordres du colonel Davout d’Auerstedt aux combats de l’armée versaillaise, qui au cours de la « semaine sanglante » du 21 au 28 mai 1871, écrase les combattants de la Commune. Reclassé lieutenant par la commission de révision des grades, il est promu capitaine en 1876.

Il sert ensuite dans divers régiments avant d’intégrer l'École de guerre en 1879. Affecté à l’état-major de l'armée à Paris en 1893, il en dirige le 1er bureau en 1897. Il connaît un premier retard de carrière en étant mis en cause par le polémiste Urbain Gohier, qui, dans un article de L'Aurore, dévoile qu’il est le descendant d’un émigré qui a combattu dans l’Armée des émigrés pendant la Révolution. En 1900, il est la cible du nouveau ministre de la Guerre, le général Louis André, qui veut le licencier de l’armée en raison de ses origines aristocratiques et de son catholicisme. Selon lui, Castelnau n'a pas le profil républicain qu'il souhaite imposer dans l'armée. Le chef d'état-major, le général Alfred Delanne, s'oppose à cette décision, nomme Castelnau au commandement du 37e régiment d’infanterie et démissionne, ce qui entraîne l'interpellation du gouvernement à la Chambre et au Sénat. Le ministre se venge en maintenant Castelnau cinq années dans ce poste, deux fois la durée habituelle à ce type de commandement. Il veille également à ce qu'il ne soit pas promu général en dépit de ses états de service. L'affaire des fiches relance sa carrière. Le général André est contraint à la démission et, quelques mois plus tard, le 25 mars 1906, à la demande de Paul Doumer, Castelnau est promu général de brigade. Il commande successivement une brigade à Sedan, puis à Soissons.

Le 21 décembre 1909, Castelnau devient général de division, ce qui le met pour la première fois sous les ordres du général Joseph Joffre, qui commande en effet le corps d'armée dont dépend la 13e division de Chaumont dont hérite Castelnau. Les deux hommes apprennent à se connaître. Joffre insiste lorsqu'il est nommé à la tête de l'Armée de terre française le 28 juillet 1911 pour nommer Castelnau à ses côtés. Celui-ci prend le titre de premier sous-chef d'état-major. Il a principalement la charge de concevoir un nouveau plan de mobilisation et de concentration des armées françaises en cas de guerre, le plan XVII. En 1912, il est confirmé dans ses fonctions, en devenant chef d'état-major en titre en remplacement du général Augustin Dubail. Par décret du 30 octobre 1913, il est ensuite nommé au Conseil supérieur de la guerre, ce qui le désigne pour prendre le commandement de la 2e armée française en cas de conflit. Au cours de 1913, il se trouve largement exposé au violent débat qui accompagne la loi des Trois ans. En effet, lors de l'élaboration du plan XVII, il devient vite évident qu'il faut accroître les effectifs militaires dès le temps de paix. Seul l'allongement d'une année supplémentaire du service militaire permettrait d'y parvenir. Or, près des deux tiers des députés radicaux et socialistes sont farouchement contre la perspective d'un service de trois années. Conduite par Jean Jaurès, l'opposition à ce projet de loi prend rapidement une tournure passionnée. Castelnau, considéré comme l'inspirateur du texte, devient la bête noire des opposants. Le texte est finalement voté le 19 juillet 1913. Le ressentiment à l'égard de Castelnau de la part de la mouvance radicale-socialiste perdure jusqu'à la fin de sa vie. Georges Clemenceau, pourtant favorable à la loi des trois ans, immortalise cet antagonisme en affublant Castelnau de surnoms tels « le capucin botté » ou « le général de la Jésuitière », qui passent à la postérité.

À la déclaration de guerre, il rejoint son armée en cours de mobilisation à Nancy. Le 15 août 1914, les cinq armées françaises passent à l'offensive contre les Allemands, qui sont effectuent alors un large mouvement de débordement par la Belgique. Castelnau affronte l'armée du prince Rupprecht de Bavière, qui l'attend sur des positions préparées à Morhange. Alors que le Grand Quartier général (GQG) prétend que les Allemands sont en retraite et qu'il n'y aurait devant lui que des arrière-gardes, Castelnau bute soudainement contre des forces considérables, fortement appuyées par de l'artillerie lourde.

La 2e armée française, composée notamment des 15e, 16e, 20e corps d'armée et du 2e groupe de divisions de réserve (2e GDR commandé par le général Léon Durand), subit de lourdes pertes et se replie à Nancy. Castelnau bloque la contre-offensive du général Foch et ce dernier en garde une amertume tenace.

Heureusement, Castelnau reforme son armée, qu'il lance dans une manœuvre de flanc, infligeant une lourde défaite aux Allemands qui le poursuivent lors de la bataille de la trouée de Charmes (24-27 août). Il évite ainsi aux armées françaises qui se replient vers Paris d'être tournées par la droite et rend possible la bataille de la Marne. Au moment où les autres armées remportent la victoire de la Marne, Castelnau bloque une nouvelle offensive allemande visant Nancy lors de la bataille du Grand-Couronné (4-13 septembre). Cela lui vaut le surnom de « sauveur de Nancy ».

Castelnau est élevé à la dignité de grand officier de la Légion d'honneur le 18 septembre 1914. Joffre le retire ensuite du front de Lorraine et lui confie la mission de prolonger le flanc gauche des armées françaises au nord de l'Oise en s’efforçant de déborder l'aile droite allemande. C'est le début de la course à la mer, que Castelnau engage et mène jusqu'à Arras. Cette manœuvre est ensuite poursuivie jusqu'à atteindre le rivage de la mer du Nord par le corps expéditionnaire britannique, par l'armée belge et par plusieurs corps de l'armée française sous le commandement du général Ferdinand Foch. En Picardie, Castelnau se distingue en résistant à une offensive allemande commandée par le général Alexandre von Kluck dans la région de Roye. Cela lui vaut après la guerre cette appréciation de son ancien adversaire : « L'adversaire français vers lequel sont allées instinctivement nos sympathies, à cause de son grand talent militaire et de sa chevalerie, c'est le général de Castelnau. Et j'aimerais qu'il le sache ».

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