Ce Jour-là

Édouard Pignon

Peintre et lithographe français (1905-1993)

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Édouard Pignon est un peintre français de la nouvelle École de Paris, né le 12 février 1905 à Bully-les-Mines (Pas-de-Calais) et mort le 14 mai 1993 à La Couture-Boussey (Eure).

Son œuvre abondante, difficilement classable, se développe par séries autour de thèmes divers qui se succèdent ou se déploient simultanément, parfois s'enchevêtrent : drames de la condition ouvrière, voiles des bateaux et troncs d'olivier, travaux des paysans, combats de coqs, horreur des guerres, plongeurs nus et plages solaires. Avec Picasso, dont il est l'intime pendant trois décennies, il lutte dans les années 1950 contre le systématisme du réalisme socialiste, sans pour autant rejoindre ses amis peintres non figuratifs avec lesquels il a très fréquemment exposé à partir des années 1940 en France et à l'étranger.

Dans des entretiens enregistrés et publiés entre 1962 et 1987, Pignon a souvent évoqué lui-même son aventure personnelle et sa démarche picturale, notamment dans La Quête de la réalité, en 1966, et dans Contre-courant, en 1974. La romancière et essayiste Hélène Parmelin (1915-1998), qu'il a épousée en juin 1950, a fait de son itinéraire, en 1976 puis en 1985, un récit détaillé.

Édouard Pignon est né dans le Pas-de-Calais, que son père, mineur de fond, a brièvement quitté à la suite d'une querelle à Marles-les-Mines, mais où il retourne seulement quelques semaines plus tard, à Calonne-Ricouart.

Le jeune Édouard assiste aux drames provoqués par un coup de grisou qui cause 79 morts le 3 septembre 1912, dans la mine de la Clarence :

« On a entendu une énorme explosion. Tout le monde, les enfants comme les grandes personnes, est parti en courant vers la mine, située à quelques kilomètres. (…) J'ai vu les ouvriers qu'on remontait, brûlés, hurlant ou morts. Après on a fermé les grilles. Les parents de ceux qui étaient restés dans la fosse, les femmes se cramponnaient en hurlant. »

L'enfant est également témoin des grandes grèves des mineurs :

« J'avais six ans, je suis sorti pour voir ce qui se passait, et il y avait une charge de dragons, sabres au clair, sur leurs gros chevaux.(…) Je me suis trouvé parmi tous les mineurs qui couraient, et les chevaux qui galopaient derrière eux. (…) Il y avait des grévistes qui tranchaient les jarrets des chevaux avec des rasoirs. »

Ces images resurgiront plus tard dans ses peintures.

En 1912, Pignon entre à l'école communale où ses dessins sont appréciés, mais où la couleur rousse de ses cheveux est cause de nombreuses bagarres. Durant la guerre de 1914, l'école fermée ; il demeure dans le café que tient sa mère : « Ce café a été pour moi un livre énorme. J'écoutais tout. J'amassais tout. Il venait des gens de partout, de différentes nationalités, ou de différentes villes. Pendant la guerre – nous étions à dix kilomètres du front – il y avait des soldats dans toute la maison, dans les granges derrière, partout, des soldats qui venaient en permission, des soldats qui montaient au front ».

L'un d'entre eux fait son portrait aux crayons de couleur, ce qui contribue à accentuer son désir de dessiner :

« Il a fait mon portrait. Il m'en a fait cadeau. Et j'ai été stupéfait par ce pouvoir de ressemblance. Il y avait là une grande puissance magique. Et elle m'a hanté. À la base de ma vie de peintre, il y a certainement le petit déclic de ce soldat. Je n'ai jamais su d'où il venait ni où il allait. »

En 1919, Pignon, malgré la volonté de son père, s'engage à la mine comme « galibot », l'année suivante se fait manœuvre dans le bâtiment puis cimentier-plafonneur. Il lit, s'inscrit en 1922 à un cours de dessin par correspondance, grave et peint : « Quelqu'un avait coulé du plâtre dans une assiette, et mis au milieu une photo en couleur. J'ai regardé, j'ai trouvé ça amusant. Et quand je suis rentré chez moi, j'ai coulé du plâtre dans une assiette, et au lieu de mettre une photographie, j'ai peint quelque chose. (…) Je copiais des cartes postales, j'obligeais mon frère à se déshabiller pour poser, ou bien je copiais tout ce qui me tombait sous la main ».

Pignon effectue en 1923 un premier voyage à Paris puis visite le musée de Lille :

« Un jour je suis allé au musée de Lille, et j'ai vu Les Jeunes et Les Vieilles de Goya. Je suis revenu de là tout triste. La peinture était une chose magnifique, extraordinaire. Mais elle me paraissait inaccessible, impossible à conquérir. »

Incorporé en 1925 dans l'aviation, Pignon fait son service militaire en Syrie dans un atelier de photographie, continuant de dessiner. Il y décide de renoncer à l'usage du patois pour ne plus s'exprimer qu'en français. Rentré à Marles, il retourne à la mine puis travaille à la construction des chevalements. Il commence à peindre à l'huile des portraits de ses proches.

L'avant-guerre et l'Occupation (1927-1944)

Pignon s'installe à Paris en 1927, se fait embaucher chez Citroën comme ouvrier spécialisé, mais est rapidement licencié. Il est ensuite pointeur à la Société des téléphones. Il peint après son travail des autoportraits puis des natures mortes et des paysages des bords de Seine, visite les musées et les expositions, s'intéresse à l'art moderne :

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