Édouard II, né le 25 avril 1284 au château de Caernarfon et mort le 21 septembre 1327 au château de Berkeley, aussi appelé Édouard de Carnarvon avant son avènement au trône, est roi d'Angleterre et seigneur d'Irlande du 7 juillet 1307 jusqu'à sa déposition, le 25 janvier 1327. Quatrième fils du roi Édouard Ier, Édouard devient l'héritier apparent du trône après la mort de son frère aîné Alphonse, survenue peu après sa naissance. À partir de 1300, il accompagne son père dans ses campagnes d'Écosse et, en 1306, il est adoubé au cours d'une grande cérémonie tenue à l'abbaye de Westminster. Édouard II accède au trône en 1307, à la mort de son père. L'année suivante, il épouse Isabelle de France, la fille du puissant roi de France Philippe IV le Bel, afin de résorber les tensions fréquentes entre les couronnes d'Angleterre et de France concernant le duché d'Aquitaine.
Édouard entretient une relation privilégiée – et controversée – avec Pierre Gaveston, qui rejoint sa suite en 1300. On ignore la nature précise de leur relation et s'ils ont été amis, amants ou encore frères de sang. L'arrogance et les pouvoirs de Gaveston en tant que favori royal déplaisent aux barons d'Angleterre ainsi qu'à la France, et Édouard est contraint de l'exiler. À son retour, les barons forcent le roi à accepter des réformes sur les prérogatives royales, connues sous le nom d'Ordonnances de 1311. Les barons, devenus désormais suffisamment puissants, bannissent une nouvelle fois Gaveston. Édouard répond à ces défiances en révoquant les réformes et en rappelant son favori. Conduit par le cousin d'Édouard, Thomas de Lancastre, un groupe de barons s'empare alors de Gaveston et le fait exécuter en 1312, commençant ainsi plusieurs années de confrontation avec le souverain.
Par la suite, les forces anglaises sont repoussées d'Écosse par Robert Bruce après une défaite retentissante à Bannockburn en 1314 et une grande famine apparaît : le mécontentement envers Édouard II croît pendant les années qui suivent. Face à ces échecs, le roi doit céder quelque temps une partie de son pouvoir à l'opposition baronniale. La famille Despenser, en particulier Hugues le Despenser « le Jeune », devient proche d'Édouard, mais en 1321, Lancastre et ses alliés s'emparent des terres des Despenser et contraignent le roi à les exiler. En réponse, Édouard II conduit une campagne militaire éclair, à l'issue de laquelle il fait capturer puis exécuter Lancastre. Le roi et les Despenser renforcent leur mainmise sur le pouvoir, en révoquant formellement les réformes de 1311, en faisant exécuter leurs ennemis politiques et en leur confisquant leurs possessions.
Incapable de reprendre l'avantage en Écosse et afin de mettre fin aux raids incessants dans le Nord de son royaume, Édouard doit signer une trêve avec Robert Bruce. Pourtant, l'opposition au régime ne cesse de croître, et quand Isabelle est envoyée en 1325 négocier un traité de paix avec la France, elle se retourne contre son époux et refuse de revenir en Angleterre. Isabelle s'allie avec le baron exilé Roger Mortimer, rassemble l'opposition à son époux et conduit une invasion de l'Angleterre avec une petite armée à l'automne 1326. Le régime d'Édouard II et des Despenser s'effondre immédiatement et le roi doit s'enfuir en Galles, où il est finalement capturé. Édouard est ensuite contraint de renoncer à la couronne en janvier 1327 en faveur de son fils aîné, Édouard III, et meurt le 21 septembre suivant au château de Berkeley, peut-être assassiné sur ordre du nouveau régime.
La relation d'Édouard II avec Pierre Gaveston inspire en 1592 au dramaturge Christopher Marlowe la pièce Édouard II, ainsi que d'autres pièces, ouvrages ou films dont l'opéra de Georges Benjamin, Lessons in Love and Violence, créé à Londres en 2018. Beaucoup se sont concentrés sur la possible relation sexuelle entre les deux hommes. Les contemporains d'Édouard II ont critiqué son exercice de l'autorité royale, notant ses échecs en Écosse et le régime oppressif qu'il établit à la fin de son règne, bien que les académiciens du XIXe siècle aient affirmé que la montée en puissance du Parlement qui a lieu sous son règne a par la suite eu des conséquences satisfaisantes pour l'Angleterre à long terme. Les spécialistes débattent toujours au XXIe siècle sur le fait qu'Édouard II ait été ou non un roi indifférent et incompétent, ou simplement un souverain réticent et finalement inefficace. Plus positivement, Édouard s'est intéressé de son vivant aux universités d'Oxford et de Cambridge.
Édouard II est le quatrième et dernier fils d'Édouard Ier et de sa première épouse, Éléonore de Castille. Son père est roi d'Angleterre et a également hérité la Gascogne en France, qu'il détient en tant que vassal féodal du roi de France, ainsi que la seigneurie d'Irlande. Sa mère est issue de la famille royale castillane, et possède le comté de Ponthieu dans le nord de la France. Édouard Ier est un chef militaire accompli, qui a notamment écrasé la révolte baronniale en 1265 et a également participé à la Neuvième croisade. En 1282, il conquiert le Pays de Galles et en 1291, il intervient dans la crise de succession écossaise, en revendiquant le titre de souverain de l'Écosse. Il est considéré comme un souverain extrêmement habile par ses contemporains, largement capable de contrôler les puissants barons d'Angleterre. L'historien Michael Prestwich décrit Édouard Ier comme un roi inspirant crainte et respect, tandis que John Gillingham le dépeint comme un tyran efficace.
Lorsque Édouard Ier décède (1307), il laisse à son fils, malgré ses succès, une série de défis à résoudre. Un des plus critiques est l'Écosse, où, peu avant sa mort, Édouard Ier conduisait une longue mais inefficace campagne militaire. Le contrôle d'Édouard sur la Gascogne crée des tensions avec les rois de France. En effet, ceux-ci insistent pour que les rois d'Angleterre viennent rendre l'hommage pour leurs terres continentales. Les rois d'Angleterre ont toujours considéré cette demande comme une insulte à leur honneur et l'issue de cette rivalité reste, en 1307, non résolue. Édouard Ier avait également dû faire face à une opposition grandissante de ses barons contre les taxes qu'il imposait pour ses guerres en Écosse. Il laisse à sa mort une dette de 200 000 £.
Édouard II est né au château de Caernarfon au pays de Galles le 25 avril 1284, moins d'un an après qu'Édouard Ier ait conquis la région, et soit appelé conséquemment Édouard de Caernarfon avant son avènement au trône. Le roi a probablement délibérément choisi le château comme lieu de naissance d'Édouard, car il s'agissait d'un lieu symbolique pour la nation galloise, associé à la période romaine, et il se situait par ailleurs au centre de la nouvelle administration royale au nord du pays de Galles. La naissance d'Édouard apporte des prédictions de grandeur selon les prophètes contemporains qui croyaient que la Fin des temps était imminente et qui ont affirmé que le jeune prince serait un nouveau roi Arthur qui conduirait l'Angleterre à la gloire. David Powel, un clerc du XVIe siècle, a suggéré que le nourrisson fut offert aux Gallois comme leur prince, ceux-ci en ayant réclamé un qui soit né en Galles et ne parle jamais un mot d'anglais, mais il n'existe aucune preuve d'une telle cérémonie.
Le nom Édouard est d'origine anglo-saxonne, en souvenir du saint Édouard le Confesseur, et fut choisi par Édouard Ier plutôt que les noms d'origine normande ou castillane adoptés pour les frères aînés d'Édouard de Caernarfon. Édouard avait trois frères : Jean et Henri, décédés avant sa naissance, et Alphonse, mort en août 1284. Le décès d'Alphonse fait d'Édouard l'héritier du trône à l'âge de quatre mois. Bien qu'Édouard soit un enfant en bonne santé, ses parents se font des soucis lors de son enfance, craignant qu'un décès subit ne laisse son père sans héritier mâle. Après sa naissance, Édouard est pris en soin par une nourrice nommée Mariota ou Mary Maunsel pendant quelques mois avant qu'elle ne tombe malade. C'est ensuite Alice de Leygrave qui le prend en charge. Édouard semble avoir à peine connu sa mère Éléonore, qui vécut avec Édouard Ier en Gascogne pendant plusieurs années. Une suite placée sous la direction du clerc Giles de Oudenarde fut créée pour le jeune prince.