Édouard Drumont, né le 3 mai 1844 à Paris et mort le 3 février 1917 dans la même ville, est un journaliste, écrivain, polémiste et homme politique français d'extrême droite.
Fondateur du journal La Libre Parole, antidreyfusard, nationaliste et antisémite, il participe à la fondation de la Ligue nationale anti-sémitique de France. Député d'Alger de 1898 à 1902, il est l'une des principales figures historiques de l'antisémitisme en France.
Né en 1844 à Paris sous la monarchie de Juillet, Édouard Adolphe Drumont doit, très jeune, subvenir aux besoins des siens, en raison de la grave maladie dont souffre son père Adolphe, d'une famille paysanne originaire des Flandres. Celui-ci, qui est expéditionnaire (employé à la copie d'actes juridiques) à l'hôtel de ville de Paris, et qui a donné à son fils une éducation plus républicaine que catholique, doit être interné à l’asile psychiatrique de Charenton pour mélancolie délirante en 1861, créant une fêlure intime chez le jeune Édouard qui rejette alors le monde moderne, comme l’écrira Georges Bernanos, grand admirateur d'Édouard Drumont :
« Moins qu'un autre, le père de Drumont n'était homme à souffrir qu'on mît une chemise de force à l'esprit humain : c'était un de ces rêveurs sages et circonspects, moins têtus, comme on en voit dans nos vieux pays du Nord, avec leurs yeux bleus tranquilles enfantins, et leurs colossales épaules. D'ailleurs ancien élève de l'École des chartes, ami des livres et fort érudit. »
Sa mère, Honorée Drumont, fut peintre dans sa jeunesse et pris part à plusieurs Salons notamment ceux de 1835 et 1837 ou elle obtient une médaille.
Édouard Drumont entre, dès la mort de son père, à l'hôtel de ville où il travaille six mois. Il a 17 ans. Son rêve est de devenir homme de lettres. Il se lance dans le journalisme et entre au Moniteur du bâtiment, puis il collabore au Diable à quatre, un journal d'Hippolyte de Villemessant (journaliste qui a ressuscité Le Figaro en avril 1854). Il travaille parallèlement à L'Inflexible, où il dévoile les secrets de Villemessant, qui le congédie. Il publie des articles dans divers journaux comme La Liberté (où il s'occupe à la fois des reportages, des chroniques littéraires, des études d'art et même la dernière heure au Corps législatif). Édouard Drumont reste chroniqueur d'art à La Liberté de 1874 à 1886, où il a pu être engagé grâce à un article qu'il avait écrit sur Émile de Girardin, directeur de ce journal.
Au sein de La Liberté, il n'expose pas ses idées politiques. Il révèle ses talents d'historien dans la Revue de la Révolution. Il écrit dans Le Bien public, mais aussi dans L'Univers, Le Nain jaune, La Presse théâtrale, la Chronique illustrée, Le Contemporain, La Revue de France, Le Gaulois, Le Petit Journal (critique d'art), etc. Il compose les oraisons funèbres d'Émile Pereire — qu'il compare à Napoléon Ier — et de son frère Isaac. Il se fait d'abord connaître par la publication de plusieurs ouvrages non politiques. Si sa première œuvre littéraire est une pièce de théâtre en un acte, cosignée avec Aimé Dollfus, Je déjeune à midi (1875), son premier livre publié est Mon Vieux Paris, paru à 34 ans en 1878. L'ouvrage est un parcours commenté de la capitale, émaillé de réflexions empreintes de nostalgie et de regret. Suivent Les Fêtes nationales à Paris (1878) et Le Dernier des Trémolin (1879).
En 1880, Drumont rédige l'introduction d'un ouvrage inédit intitulé La Mort de Louis XIV. Cet ouvrage est conçu par les frères Anthoine (garçons de la chambre de Louis XIV). L'introduction que rédige Édouard Drumont révèle, selon ses détracteurs, qu'il est un ferme partisan du monarchisme : « Louis XIV mourant, comme Louis XIV vivant, représente le XVIIe siècle dans sa manifestation la plus admirable et la plus élevée[réf. nécessaire]. ».
Édouard Drumont est converti par le père jésuite Stanislas du Lac, qui l'aurait engagé à écrire La France juive et lui aurait fourni des fonds pour créer la Libre Parole.
En 1885, Édouard Drumont publie un opuscule de quarante-trois pages intitulé Le Vol des diamants de la couronne au garde meuble. Appelé à la direction du Monde en 1886, il publie, en avril de la même année, La France juive, qui est un succès éditorial avec 62 000 exemplaires vendus dès la première année et atteint vite la 150e édition, ce qui en fait l'un des plus grands succès du livre politique sous la IIIe République. L'ouvrage vaut à son auteur, en même temps que la notoriété, une condamnation à une forte amende et deux duels.
L'un de ces duels l'oppose à Arthur Meyer, directeur du Gaulois. Les témoins de Drumont sont Alphonse Daudet et Albert Duruy, deux de ses amis écrivains. Durant le duel, Meyer saisit l'épée de Drumont de la main gauche (action formellement interdite) et le blesse à la jambe. À la suite de cet incident, Arthur Meyer sera condamné à une amende de 200 francs.
Édouard Drumont publie ensuite La France Juive devant l'opinion (1886), La Fin d'un monde (1889), La Dernière Bataille (1890), Le Testament d'un antisémite (1891) et Le Secret de Fourmies (1892). En 1890, Drumont fonde la Ligue nationale antisémitique de France. Il critique le cosmopolitisme de ce qu'il appelle la race juive, ce qui s'oppose pour lui au nationalisme fort qu'il défend. Drumont devient alors l'antisémite le plus célèbre de France. Son succès tient en partie à ce qu'il puise à l'ensemble des courants antisémites de l'époque, de l'antisémitisme anticapitaliste de la gauche à l'antisémitisme traditionnel catholique en passant par le racisme biologique, pour en tirer un système d'explication universelle où le Juif devient le responsable de tous les maux. Catholique et royaliste, il se dit également pendant un temps socialiste et multiplie les contacts dans les partis de gauche.
Le psychanalyste François Richard classe Drumont comme un anarchiste de droite, bien que son attitude vis-à-vis de l'anarchisme ait été ambivalente.
En avril 1890, Drumont se présente aux élections du conseil municipal du 7e arrondissement de Paris. Soutenu par Albert de Mun ainsi que par des cercles royalistes, bonapartistes et boulangistes locaux[réf. souhaitée], il perd néanmoins l'élection avec environ 10 % des voix, notamment à cause de la campagne menée contre lui par le baron René Reille au sein des notables conservateurs du quartier du Gros Caillou, mais aussi par Paul Déroulède et ses ligueurs.
Pour donner plus d'ampleur à sa campagne, il lance le 20 avril 1892 La Libre Parole, avec comme sous-titre : « La France aux Français ».
Dans un article, il accuse le député Auguste Burdeau, rapporteur de la commission parlementaire chargée de se prononcer sur le renouvellement des avantages accordés au conseil de régence de la Banque de France, d'avoir reçu des fonds de la part d'un des membres du conseil de régence, le banquier Alphonse de Rothschild, pour conclure au renouvellement des privilèges. Très vite, il est emprisonné à la Prison de Sainte-Pélagie du 3 novembre 1892 au 3 février 1893, purgeant une peine de trois mois de prison infligée par la cour d'assises de la Seine pour avoir diffamé le député Burdeau. Pendant cette peine de prison, il est en compagnie de Pierre Martinet, fondateur de l'anarchisme individualiste et Lucien Pemjean, futur collaborationniste et antisémite. Il invite les anarchistes dont Martinet à partager un dîner chez lui pour célébrer sa libération mais ceux-ci chantent l'Internationale ou d'autres chants anarchistes, ce qui lui déplaît - les deux groupes en viennent presque à se battre. En 1898, Martinet écrit sur un placard des critiques visant Drumont pendant son séjour en prison ; il déclare par exemple :
« Moi, je peux dire que là, je l'ai sauvé de la folie. Sa cellule était au-dessus de la mienne. Chaque nuit, il frappait, avec le manche de son balai, à mon plafond, me criant :
— Vous dont les fenêtres donnent sur la rue, ne voyez-vous pas des Juifs qui viennent brûler la geôle ?