L'éboulement de Frank ou l'écroulement de Frank (en anglais : Frank Slide) est un écroulement ayant eu lieu le 29 avril 1903 à Frank, dans les Territoires du Nord-Ouest au Canada. Plus de 100 millions de tonnes de calcaire tombent rapidement du mont Turtle. Selon des témoins, en moins de 100 secondes, l'éboulis atteint l'autre côté de la vallée, détruisant sur son passage la partie est de Frank, le chemin de fer du Canadien Pacifique et la mine de charbon. C'est l'un des plus importants glissements de terrain de l'histoire du Canada, et le plus meurtrier, tuant entre 70 et 90 personnes.
De multiples facteurs conduisent à cet éboulement : la structure géologique du mont Turtle l'a laissé dans un état d'instabilité constant, aggravé par les variations d'humidité et de température. L'exploitation de la mine de charbon a pu affaiblir la structure interne de la montagne, de même que l'hiver très humide et la vague de froid la nuit du désastre.
La voie ferrée est réparée en trois semaines et la mine est rapidement rouverte. La partie de la ville la plus proche de la montagne est déplacée en 1911 par crainte d'un autre glissement de terrain. En 1906, la population de la ville a presque doublé par rapport à celle d'avant le glissement de terrain, mais elle diminue après la fermeture définitive de la mine en 1917. La communauté fait maintenant partie de la municipalité de Crowsnest Pass en Alberta, et compte environ 200 habitants. Le site de la catastrophe, qui n'a pratiquement pas changé depuis le glissement de terrain, est une destination touristique populaire en 2020. Il est désigné comme ressource historique provinciale par la province en 1977 et est administré comme site historique provincial de l'Alberta. Un centre d'interprétation ouvert en 1985 lui est dédié.
La ville de Frank est fondée en 1901 dans le sud-ouest du district d'Alberta, une subdivision des Territoires du Nord-Ouest. L'emplacement est choisi au pied du mont Turtle dans le col du Nid de Corbeau, là où du charbon a été découvert l'année précédente. Elle est nommée d'après Henry Frank, copropriétaire de la Canadian-American Coal and Coke Company avec Samuel Gebo, exploitant la mine à laquelle la ville doit son existence. Les deux hommes célèbrent la fondation de la ville le 10 septembre 1901 au cours d'une cérémonie qui comprend des discours des dirigeants territoriaux, des compétitions sportives, un dîner et des visites de la mine et une présentation des aménagements prévus pour la communauté. Le Canadien Pacifique (CP) fait circuler des trains spéciaux qui amènent plus de 1 400 personnes des communautés voisines pour célébrer l'événement. En avril 1903, alors que la population atteint 600 habitants, la ville dispose d'une école de deux étages et de quatre hôtels.
Le mont Turtle se trouve immédiatement au sud de Frank. Il est constitué d'une ancienne couche de calcaire repliée sur des matériaux plus tendres comme le schiste argileux et le grès. L'érosion a créé un surplomb abrupt de la couche calcaire. La montagne a longtemps été instable ; les peuples Pieds-Noirs et Kootenays l'appelaient « la montagne qui bouge » et refusaient de camper à proximité. Dans les semaines qui précèdent la catastrophe, les mineurs ressentent des grondements provenant de l'intérieur de la montagne, tandis que la pression créée par le déplacement de la roche provoque la fissuration et l'éclatement des poutres de bois supportant les galeries de mine.
Aux petites heures du matin du 29 avril 1903, un train de marchandises sort de la mine et se dirige lentement vers la ville lorsque l'équipage entend un grondement assourdissant derrière lui. Le mécanicien met instinctivement les gaz au maximum et accélère son train jusqu'à ce qu'il traverse le pont de la rivière Crowsnest en toute sécurité. À 4 h 10, une masse de 110 millions de tonnes de calcaire se décrochent depuis le sommet du mont Turtle. La section qui se décroche est large de 1 000 m, haute de 425 m et épaisse de 150 m. Les témoins de la catastrophe affirment qu'il a fallu environ 100 secondes pour que l'éboulement atteigne l'autre côté de la vallée, ce qui indique que la masse de roche a été déplacée à une vitesse d'environ 112 km/h. Le bruit est entendu jusqu'à Cochrane, à 200 km au nord. L'éboulement parcourt quatre kilomètres dans le fond de la vallée, les débris couvrant une surface d'environ 3 km2 et ayant une épaisseur moyenne de 14 m, atteignant 45 m par endroit. L'éboulement de Frank est demeuré l'éboulement le plus volumineux au Canada jusqu'à celui de Hope en 1965.
Les premiers rapports sur la catastrophe indiquent que Frank est « presque anéantie » par l'effondrement de la montagne. On pense que l'éboulement a été déclenché par un tremblement de terre, une éruption volcanique ou une explosion dans la mine. La majeure partie de la ville reste cependant intacte, mais le glissement ensevelit des bâtiments dans la périphérie est. Sept maisons sont détruites, ainsi qu'un magasin de chaussures, le cimetière, un tronçon de deux kilomètres de route et de voie ferrée, un embranchement ferroviaire de 1,5 km, une ferme laitière, deux ranchs, une écurie, un campement de travailleurs et tous les bâtiments de la mine.
Au moment de l'éboulement, une centaine de personnes habitent la zone sinistrée, située entre les voies du CP et la rivière. Le nombre de morts est estimé entre 70 et 90, ce qui en fait le glissement de terrain le plus meurtrier de l'histoire du Canada. Il est possible que le bilan soit plus lourd, puisque pas moins de 50 personnes, à la recherche de travail, campaient au pied de la montagne. Certains résidents pensent qu'ils ont quitté Frank peu avant le glissement de terrain, bien qu'il n'y ait aucun moyen d'en être certain. La plupart des victimes restent ensevelies sous les gravats, seuls douze corps étant retrouvés les jours suivants l'événement. Les dépouilles de six autres victimes sont exhumées en 1924 par les ouvriers construisant une nouvelle route à travers l'éboulis.
Selon les premières informations, entre 50 et 60 hommes se trouvent dans la mine et sont enterrés vivants sans espoir de survie. En réalité, ce sont 20 mineurs de l'équipe de nuit qui travaillent au moment de la catastrophe. Trois d'entre eux se trouvent à l'extérieur de la mine et sont tués par le glissement de terrain. Les 17 restants se trouvent dans le puits de la mine. Ils découvrent que l'entrée est bloquée et que l'eau de la rivière, endiguée par le glissement, ennoie le puits par un tunnel secondaire. Ils tentent sans succès de creuser leur chemin à travers l'entrée bloquée. Un mineur suggère plutôt de creuser l'un des filons de charbon qui atteint la surface. Travaillant par deux ou trois dans un tunnel étroit, ils creusent à travers le charbon pendant des heures alors que l'air autour d'eux devient de plus en plus toxique. Seuls trois hommes ont suffisamment d'énergie pour continuer à creuser jusqu'à ce qu'ils émergent à la surface en fin d'après-midi. La nouvelle ouverture n'est cependant pas assez sécurisée pour permettre de sortir, à cause des chutes de pierres. Toutefois, encouragés par leur succès, les mineurs creusent un nouveau puits, débouchant sous un affleurement rocheux qui les protège des chutes de débris. Treize heures après avoir été ensevelis, les 17 hommes réussissent à sortir de la mine.
Ils découvrent que leurs logements sont dévastés, et qu'il y a des morts au sein des familles. L'un des mineurs retrouve sa famille vivante et en sécurité dans un hôpital de fortune, mais un autre découvre que sa femme et ses quatre enfants sont morts. Lillian Clark, 15 ans, qui travaillait tard cette nuit-là dans la pension de la ville, avait reçu l'autorisation d'y passer la nuit pour la première fois. Elle est le seul membre de sa famille à avoir survécu. Son père travaillait à l'extérieur de la mine lors du glissement de terrain, et sa mère et ses six frères et sœurs ont été ensevelis dans leur maison. Les douze hommes restés au camp du chantier du CP ont été tués, mais 128 autres qui devaient arriver au camp la veille du glissement de terrain n'y sont heureusement pas arrivés - le train qui devait les y amener depuis Morrissey en Colombie-Britannique, n'est pas venu les chercher. Le Spokane Flyer, un train de passagers se dirigeant vers l'ouest à partir de Lethbridge, a été sauvé par le serre-frein du CP Sid Choquette, l'un des deux hommes qui se sont précipités pour avertir le train que la voie avait disparu sous l'éboulis. Choquette a couru deux kilomètres à travers les pierres et la poussière, pour avertir du danger la locomotive qui arrivait. Le CP lui a remis une lettre de félicitations et un chèque de 25 dollars en reconnaissance de son héroïsme.