Ce Jour-là

Æthelred le Malavisé

Roi d'Angleterre (978-1013 et 1014-1016)

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Æthelred ou Ethelred le Malavisé (en anglais : Æthelred the Unready), né vers 966 ou 968 et mort le 23 avril 1016, est roi d'Angleterre de 978 à sa mort, avec une interruption de quelques semaines entre décembre 1013 et février 1014. Il est également appelé Æthelred II pour le distinguer d'un autre Æthelred, roi du Wessex au IXe siècle.

Fils du roi Edgar le Pacifique, Æthelred monte sur le trône à un jeune âge, après l'assassinat de son demi-frère aîné Édouard. Son long règne est marqué par une recrudescence des attaques des vikings sur l'Angleterre. Après leur victoire à la bataille de Maldon, en 991, Æthelred et ses conseillers leur versent des tributs de plus en plus élevés pour acheter leur départ. Les déprédations vikings sont considérées comme une punition divine infligée à un royaume mal gouverné, ce qui conduit Æthelred à effectuer deux grands renouvellements de ses conseillers, le premier en 993 et le second en 1006. En 1002, il ordonne l'exécution des Danois présents en Angleterre, un événement qui passe à la postérité sous le nom de massacre de la Saint-Brice.

En 1013, le Danois Sven à la Barbe fourchue envahit l'Angleterre à la tête d'une grande armée et obtient la soumission de la majeure partie du royaume. Réfugié à Londres, Æthelred est contraint de fuir en Normandie, le pays d'origine de son épouse Emma. La mort inopinée de Sven en février 1014 lui permet de récupérer son trône, mais les grands du royaume exigent qu'il s'engage à mieux gouverner l'Angleterre. Les derniers mois de son règne sont marqués par la révolte de son fils Edmond Côte-de-Fer, qui s'oppose à Eadric Streona, le principal conseiller du roi, puis par une deuxième invasion danoise menée par Knut le Grand, le fils de Sven. Æthelred meurt pendant cette invasion ; Edmond lui succède et poursuit la lutte contre les Danois, mais il meurt à son tour avant la fin de l'année 1016 et Knut devient alors seul roi d'Angleterre.

Æthelred souffre pendant longtemps d'une réputation posthume désastreuse, ce dont témoigne son surnom péjoratif « le Malavisé » : dès le Moyen Âge, il passe pour un roi incompétent et cruel dont le règne ne pouvait que s'achever par un désastre. Cette image est nuancée par les historiens à partir de la seconde moitié du XXe siècle, qui soulignent que le portrait négatif du roi est en grande partie dû aux troubles de la fin de son règne, alors que le gouvernement du royaume reste efficace durant la majeure partie de celui-ci. Les arts et les lettres sont également florissants durant cette période, avec des auteurs tels que l'archevêque Wulfstan d'York ou l'abbé Ælfric d'Eynsham.

La première moitié du Xe siècle voit la conquête progressive du Nord de l'Angleterre par les rois de la maison de Wessex. Elle aboutit à l'intégration du Danelaw, une colonie de peuplement danoise née des invasions vikings du siècle précédent, au sein du Wessex dont les souverains adoptent à partir d'Æthelstan (r. 924-939) le titre de « roi des Anglais ». La Northumbrie échappe à plusieurs reprises à l'autorité de ses successeurs Edmond Ier (r. 939-946) et Eadred (r. 946-955) au profit de seigneurs vikings qui tentent de s'imposer dans la région, mais celle-ci est définitivement acquise à la maison de Wessex à la mort du Norvégien Éric à la Hache sanglante, en 954.

Edgar, fils d'Edmond Ier, monte sur le trône à la mort de son frère Eadwig, en 959. Il bénéficie d'un règne paisible, durant lequel les sources écrites n'enregistrent aucun raid viking. Cette période voit l'apogée du mouvement de réforme bénédictine, qui cherche à remplacer dans les abbayes du pays le clergé séculier par des moines respectant la règle de saint Benoît. Les réformateurs, menés par les archevêques Dunstan de Cantorbéry et Oswald d'York, ainsi que par l'évêque Æthelwold de Winchester, bénéficient du soutien d'Edgar, qui leur offre de nombreuses terres et n'hésite pas à contraindre les seigneurs laïcs et le clergé séculier à faire de même.

La principale source littéraire concernant le règne d'Æthelred le Malavisé est la Chronique anglo-saxonne, dont les manuscrits C, D et E dérivent d'une version aujourd'hui perdue mais probablement rédigée à Londres entre 1016 et 1023, dans les années qui suivent immédiatement la mort du roi et la conquête danoise de l'Angleterre. Elles reprochent aux Anglais leur incompétence et leur lâcheté, mais ce sont les conseillers du roi qui en sont la cible et non Æthelred lui-même. Depuis les années 1970, les historiens modernes considèrent cette source avec davantage de recul et considèrent que son auteur fait preuve d'un biais téléologique en laissant l'issue finale du règne d'Æthelred en teinter le propos.

Les chroniqueurs anglais de la période anglo-normande, comme Guillaume de Malmesbury, Jean de Worcester et Henri de Huntingdon, décrivent Æthelred comme un monarque désastreux. En revanche, il apparaît sous un jour favorable dans la poésie scaldique composée en Scandinavie : le scalde islandais Gunnlaugr Ormstunga l'appelle « prince généreux et intrépide » dans son Aðalráðsdrápa, un poème de louange qu'il lui adresse lorsqu'il se rend à la cour d'Angleterre dans les années 1000.

Il subsiste au moins quatre-vingt-quatre chartes authentiques du règne d'Æthelred, dont dix sous leur forme originale, les autres étant des copies ultérieures. Ces documents, émis au nom du roi, enregistrent le don ou la confirmation de privilèges, le plus souvent concernant des terres. La plupart sont datées et leur production est assez régulière tout au long du règne d'Æthelred, les variations s'expliquant en partie par des taux de conservation variables. Les listes de témoins qu'elles contiennent permettent d'identifier en partie les principaux membres de l'aristocratie laïque et les principaux prélats du royaume qui assistent aux réunions du witan. En revanche, leur lieu de production est rarement indiqué, ce qui empêche les historiens modernes de se faire une idée claire des déplacements de la cour d'Æthelred. Les codes de lois et les pièces de monnaie sont d'autres productions officielles qui permettent d'éclairer certains aspects du règne d'Æthelred.

Le prénom Æthelred (ou Ethelred), courant à l'époque anglo-saxonne, se compose des éléments vieil-anglais æthel « noble » et ræd « conseil ». Bien qu'aucun autre roi d'Angleterre ne porte ce nom, il est couramment appelé Æthelred II pour le distinguer d'un autre souverain de la maison de Wessex : Æthelred, frère aîné d'Alfred le Grand et roi du Wessex de 865 à 871.

Le surnom d'Æthelred est attesté à partir du XIIe siècle sous la forme vieil-anglaise Unræd, mais il pourrait avoir été utilisé avant cette date. Il signifie « mal conseillé », « sans conseil », et non « mal préparé » comme le laisserait penser sa forme en anglais moderne, Unready. Le calembour Æthelræd unræd, « noble conseil sans conseil », reflète la piètre réputation posthume d'Æthelred. Il est le seul roi anglo-saxon dont le nom reste associé à un surnom moqueur.

Æthelred est le dernier des quatre enfants du roi Edgar. Il est le deuxième fils que lui donne sa dernière femme Ælfthryth, fille de l'ealdorman du Devon Ordgar, qu'il a épousée en 964. Sa date de naissance est inconnue, mais il est vraisemblablement né entre 966 et 968. Il a un frère aîné, Edmond, né vers 965, et un demi-frère aîné, Édouard, né vers 962 d'une précédente union d'Edgar. Une demi-sœur aînée, Édith, complète la fratrie d'Æthelred.

Edgar meurt le 8 juillet 975. Il est à peine âgé d'une trentaine d'années et sa disparition prend sans doute le royaume de court. Edmond étant mort vers 970, il ne laisse que deux fils : Édouard, âgé d'environ treize ans, et Æthelred, âgé de neuf ans tout au plus. La couronne ne se transmet pas automatiquement par primogéniture : ce sont les grands du royaume, éventuellement guidés par la préférence du roi défunt, qui ont le pouvoir de choisir le nouveau souverain parmi les différents æthelings, ou prince de sang éligibles au trône. Edgar ne laisse pas d'instructions précises concernant sa succession, mais il semble avoir favorisé les enfants de sa dernière femme : sur une charte de 966, Edmond est appelé « legitimus prefati regis filius » (« fils légitime du roi susdit ») et sa mère Ælfthryth est appelée « legitima prefati regis coniunx » (« épouse légitime du roi susdit »). Æthelred a vraisemblablement hérité de cette faveur après la mort de son frère.

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