civilizacoes perdidas

Benoît XII

197e pape de l'Église catholique, 1334 à 1342

5 min01/01/2024
Anúncio

Jacques Fournier naquit vers 1285 à Canté, près de Saverdun dans l'actuel département de l'Ariège, au sein d'une famille modeste du comté de Foix. Fils d'un boulanger ou plus vraisemblablement d'un meunier selon les sources, rien ne semblait prédestiner ce garçon à devenir l'un des papes les plus influents et les plus complexes du XIVe siècle. Sa destinée fut pourtant façonnée par la providence familiale : son oncle maternel, Arnaud Novel, moine cistercien et abbé de Fontfroide, futur cardinal, prit en charge l'éducation du jeune Jacques et l'attira dans le monde ecclésiastique.

Cet oncle ambitieux envoya le jeune Jacques étudier au collège Saint-Bernard à Paris, où il fréquenta les universités et acquit une formation théologique d'une exceptionnelle profondeur. Il en ressortit docteur en théologie, armé d'une érudition et d'une rigueur intellectuelle qui allaient marquer toute sa carrière. En 1311, il succéda à son oncle, promu cardinal par le pape Clément V et envoyé comme légat en Angleterre, à la tête de l'abbaye de Sainte-Marie de Fontfroide, poste qu'il occupa jusqu'en 1317.

Le 19 mars 1317, le pape Jean XXII le nomma évêque de Pamiers, siège épiscopal situé au cœur de la région ariégeoise, une zone montagneuse et reculée qui avait longtemps servi de refuge aux hérétiques cathares et vaudois. Cette nomination allait transformer Jacques Fournier en l'un des inquisiteurs les plus redoutables et les plus efficaces de son époque. Les évêques qui l'avaient précédé s'étaient peu préoccupés de l'orthodoxie de leur troupeau ; Fournier, lui, allait changer profondément la donne.

Profitant d'une décision du concile de Vienne de 1312 permettant aux évêques de se joindre au tribunal d'inquisition, il prit en mains la répression de l'hérésie en collaboration avec deux dominicains de Carcassonne, Gaillard de Pomiès et Jean de Beaune. Du 15 juillet 1318 au 9 octobre 1325, ce tribunal siégea 370 jours, conduisant 578 interrogations concernant 98 dossiers distincts. La méthode de Fournier se distinguait par sa minutie et son efficacité : connaissant parfaitement la langue et les mœurs locales, il pouvait poser des questions précises, faire préciser tel ou tel point, et extraire des aveux avec une habileté que ses prédécesseurs étrangers à la région n'auraient pu égaler.

Les moyens de pression utilisés comprenaient l'emprisonnement et l'excommunication. Fournier eut recours à la torture de façon sporadique. Au terme de ce long processus, cinq comparants furent exécutés par le bûcher : quatre vaudois de Pamiers et le relaps albigeois Guillaume Fort de Montaillou. Une autre source indique que sur 114 personnes mises en cause, cinq furent remises au bras séculier pour l'exécution, 48 emprisonnées, et le reste, soit plus de la moitié, soumis à des pénitences diverses ou acquitté.

Les interrogatoires furent soigneusement transcrits dans un registre volumineux, conservé aujourd'hui à la bibliothèque vaticane sous le numéro 4030. Ce document de 325 pages in folio constitue une source historique d'une valeur inestimable sur la vie quotidienne des villageois ariégeois du début du XIVe siècle. Des érudits de renom, parmi lesquels Ignaz von Döllinger, Charles Molinier et Jean Duvernoy, qui en publia la transcription intégrale en trois volumes en 1965, ont contribué à mettre en lumière ce trésor archivistique. C'est en s'appuyant sur ce registre qu'Emmanuel Le Roy Ladurie, professeur au Collège de France, publia en 1975 son célèbre ouvrage Montaillou, village occitan de 1294 à 1324, qui connut un succès considérable dans plusieurs pays et fut tiré à plus de deux millions d'exemplaires.

En récompense de son zèle inquisitorial et de sa fidélité au Saint-Siège, le pape Jean XXII le créa cardinal de Saint-Prisque le 18 décembre 1327. Fidèle à ses origines cisterciens, Fournier conserva l'habit blanc de son ordre, ce qui lui valut le surnom de « cardinal blanc ». Il acquit rapidement une confiance totale auprès du pape, qui lui confia des affaires particulièrement délicates, notamment le jugement d'inquisiteurs accusés d'abus de pouvoir, comme Jean Galand à Carcassonne ou le prêtre breton Yves de Kérinou.

Le 20 décembre 1334, à la mort de Jean XXII, les cardinaux réunis à Avignon élurent Jacques Fournier comme successeur. Il prit le nom de Benoît XII, devenant ainsi le 197e pape de l'Église catholique. Son pontificat, conduit depuis Avignon où la papauté était installée depuis 1309, fut marqué par une volonté de réforme des ordres religieux et par des prises de position théologiques courageuses. Il s'opposa notamment à Jean XXII sur la question de la vision béatifique, soutenant que les âmes des défunts voyaient Dieu dès la mort et non au seul moment du Jugement dernier.

Benoît XII mourut le 25 avril 1342 à Avignon. Son héritage est double : celui d'un inquisiteur redoutable, dont les registres éclairent aujourd'hui les historiens sur la vie médiévale des campagnes occitanes, et celui d'un pape réformateur qui tenta, avec les moyens et les limites de son époque, de remettre de l'ordre dans une Église traversée par des tensions doctrinales et institutionnelles profondes.

Anúncio
Anúncio

Lisez celle-ci et plus de 800 autres histoires dans l’app World in Stories — gratuit

Histoires en vidéo, shorts, mystères et « c’est arrivé un jour comme aujourd’hui ». Téléchargement gratuit, sans carte.

Télécharger l’app — gratuit

iPhone, iPad & Android • PT, EN, ES, DE, FR

Related Stories