**TITRE :** Catherine II de Russie
Catherine II de Russie, connue dans l’histoire sous le nom de Catherine la Grande, naquit le 2 mai 1729 à Stettin, alors partie de la Prusse, sous le nom de Sophie Frédérique Augusta d’Anhalt-Zerbst-Dornbourg. Elle était la fille de Christian Auguste, prince d’une petite famille régnante allemande servant dans l’armée prussienne avec le grade de général, et de Jeanne Élisabeth de Holstein-Gottorp, une femme décrite par les historiens comme émotionnellement distante, ambitieuse et passionnée par les intrigues de cour. L’enfance de Sophie fut calme et bien structurée, avec des gouvernantes françaises et des précepteurs pour chaque domaine du savoir, bien que Catherine elle-même ait écrit plus tard au baron Grimm qu’elle ne voyait rien de particulièrement intéressant dans ces années. La famille jouissait d’un certain prestige, mais disposait de peu de ressources financières.
Le destin de Sophie changea radicalement lorsqu’elle fut choisie comme candidate à l’épouse du futur tsar de Russie. Ce choix résulta d’un jeu diplomatique complexe impliquant le comte Lestocq, l’impératrice Élisabeth de Russie et le roi Frédéric II de Prusse. Sophie avait rencontré le prince Pierre de Holstein-Gottorp à l’âge de dix ans seulement et, selon ses propres écrits, n’avait pas gardé une bonne impression du jeune héritier. Elle avait remarqué sa pâleur et son goût précoce pour l’alcool. Cependant, les considérations politiques l’emportèrent sur les préférences personnelles, et en 1744, l’impératrice Élisabeth convoqua Sophie en Russie dans le but de conclure l’union.
À son arrivée en Russie, Sophie fit preuve d’une détermination qui distinguait la future impératrice de toute jeune princesse ordinaire. Elle s’efforça d’apprendre le russe avec une telle assiduité qu’elle se levait au milieu de la nuit pour étudier. Elle se convertit à l’Église orthodoxe russe, prenant le nom de Catherine Alexeïevna. Elle parlait couramment le français, jouait du piano et du violon, et montrait une intelligence cultivée qui la rendit rapidement chère à l’impératrice Élisabeth. En 1745, elle épousa le grand-duc Pierre Féodorovitch, héritier du trône russe.
Le mariage fut, à tout point de vue, un échec personnel. Pierre III, comme il fut connu après son accession au trône en janvier 1762, se révéla un tsar impopulaire et politiquement imprudent. Catherine, quant à elle, avait passé les années précédentes à cultiver des relations avec la noblesse, à apprendre à naviguer dans les complexités de la cour russe et à mûrir intellectuellement au contact des idées des Lumières venues d’Europe occidentale. Elle entretenait une correspondance et des amitiés avec Denis Diderot, Voltaire et Montesquieu, absorbant une vision du monde qui influencerait profondément son règne, bien que de manière contradictoire. En juillet 1762, Catherine organisa un coup d’État qui renversa son propre mari. Pierre III mourut quelques jours plus tard, dans des circonstances que les archives historiques décrivent comme un possible assassinat.
Une fois le trône assuré, Catherine entama un règne qui dura jusqu’à sa mort et transforma la Russie en l’une des plus grandes puissances européennes. Sous son gouvernement, l’Empire russe modernisa son administration, étendit son territoire et projeta sa force militaire et diplomatique dans toute l’Europe. Catherine dut faire face à des défis internes de grande ampleur, notamment la Révolte de Pougatchev, un soulèvement qui menaça la stabilité de l’empire et auquel elle répondit par une répression brutale. Son traitement des paysans et des serfs resta profondément conservateur : malgré ses amitiés avec les philosophes des Lumières, elle ne prit aucune mesure pratique pour améliorer les conditions de vie des couches les plus pauvres de la population russe.
En 1785, Catherine promulgua la Charte de la Noblesse, qui élargit encore les pouvoirs et les privilèges des grands propriétaires terriens. Sous son règne, les distinctions légales entre différentes catégories de paysans disparurent pratiquement, et l’autorité des nobles sur les serfs fut renforcée de manière constante. La contradiction entre sa sophistication intellectuelle et la réalité politique de son gouvernement fut l’une des marques les plus notables de son époque.
Sa vie privée fut tout aussi remarquable et devint le sujet de scandales qui circulaient dans les cours européennes. Catherine n’a jamais caché ses relations affectives, et les rumeurs sur ses liaisons furent utilisées par ses opposants pour tenter de ternir son image publique, sans jamais parvenir à l’ébranler véritablement.
Catherine II mourut à Saint-Pétersbourg le 17 novembre 1796. Son règne de plus de trois décennies laissa une Russie transformée, plus forte et plus présente sur la scène internationale que ne l’avaient jamais été ses prédécesseurs. Le surnom de « la Grande » que l’histoire lui a attribué ne fut pas un cadeau facile : il fut conquis au milieu de conspirations, de guerres, de réformes et de choix difficiles qui définirent l’un des règnes les plus longs et les plus influents de l’histoire européenne moderne.