civilizacoes perdidas

Çatalhüyük

Il existe des lieux dans le monde capables de réécrire entièrement la manière dont l’human

4 min20/06/2026
Anúncio

Il existe des lieux dans le monde capables de réécrire entièrement la manière dont l’humanité se comprend elle-même. Çatalhöyük, un vaste établissement néolithique situé dans le sud de l’Anatolie, en Turquie actuelle, en fait partie. Avec une histoire s’étendant d’environ 7500 av. J.-C. à 5600 av. J.-C., ce site archéologique extraordinaire offre une fenêtre rare sur le quotidien de l’une des plus grandes communautés humaines ayant existé avant l’émergence des civilisations classiques. En juillet 2012, l’UNESCO a reconnu son importance en l’inscrivant sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité.

Situé à environ 140 kilomètres du volcan à double cône du mont Hasan, surplombant la plaine de Konya près de l’actuelle ville de Konya — l’ancienne Iconium —, le site se présente aujourd’hui sous la forme d’un *tell*, c’est-à-dire une colline artificielle formée par l’accumulation de couches de constructions humaines au fil des millénaires. Le tell oriental, qui concentre le noyau principal du site, s’est élevé d’environ 20 mètres au-dessus de la plaine durant la période d’occupation la plus intense. Il existe également un tell plus petit à l’ouest et les vestiges d’un établissement byzantin à quelques centaines de mètres à l’est, ce qui révèle que cette région a exercé une attraction sur les populations humaines à différentes époques de l’histoire.

L’une des caractéristiques les plus intrigantes de Çatalhöyük réside dans l’organisation de ses constructions. Les maisons étaient bâties en briques crues et disposées de manière si compacte qu’il n’y avait pas de rues entre elles. La circulation entre les habitants se faisait par les toits, et les entrées vers l’intérieur des habitations se faisaient par des ouvertures en hauteur, probablement au moyen d’échelles en bois. Cette configuration singulière créait une sorte de ville-ruche, dense et profondément intégrée, où la séparation entre espace public et privé différait radicalement de ce que l’on connaît dans les villes modernes ou même anciennes.

L’intérieur des habitations révèle une organisation minutieuse de la vie domestique. Chaque maison possédait des plates-formes servant à de multiples fonctions, comme dormir, s’asseoir et travailler. L’espace était clairement divisé entre zones considérées comme propres, destinées au repos, au stockage et à la préparation des aliments, et zones sales, réservées aux activités plus pénibles. Un foyer complétait l’ensemble. Ce qui impressionne le plus les chercheurs, cependant, est la pratique funéraire qui y était adoptée : les morts étaient enterrés à l’intérieur même des maisons, sous les plates-formes qui servaient probablement de lits, et disposés en position fœtale. Cette cohabitation entre vivants et morts sous le même toit suggère un système de croyances profondément ancré dans l’espace domestique.

Les murs intérieurs des maisons étaient recouverts de fresques superposées en plusieurs couches, certaines figuratives et d’autres composées de motifs répétitifs. Au cours des fouilles, de nombreuses sculptures en os et en argile ont également été découvertes, beaucoup représentant des figures féminines dont la signification fait encore débat parmi les spécialistes. Pour certains, ces figures seraient des représentations d’une déesse, tandis que d’autres les interprètent comme des images propitiatoires liées à la fertilité.

La dimension religieuse de Çatalhöyük est peut-être l’aspect le plus fascinant et controversé du site. L’archéologue James Mellaart, responsable des premières grandes fouilles du lieu à partir de 1958 et des campagnes menées entre 1961 et 1965, a soutenu que les statuettes féminines trouvées en abondance représentaient une divinité féminine centrale dans le système de croyances des habitants. Fabriquées dans des matériaux variés comme le marbre, le schiste, la calcite, le basalte, l’albâtre et l’argile, ces figures étaient numériquement bien plus nombreuses que les représentations masculines, lesquelles, selon Mellaart, ne semblaient même pas avoir une grande importance rituelle.

L’une des pièces les plus remarquables découvertes sur le site est connue sous le nom de Cybèle d’Anatolie : il s’agit d’une figure féminine assise sur un trône, flanquée de deux lionnes. Cet objet a été trouvé dans un compartiment de stockage de grains, ce qui, pour Mellaart, suggérait une fonction protectrice, liée à la garde des récoltes et des réserves alimentaires de la communauté. Quant aux images de taureaux, également présentes sur le site, elles étaient interprétées comme des représentations du principe masculin subordonné au féminin, les cornes de l’animal étant associées à la Lune et contrastées avec le Soleil, symbole de la Grande Déesse.

D’un point de vue archéologique, les fouilles ont révélé 18 couches successives de constructions, chacune représentant une période distincte de l’occupation humaine. La couche la plus ancienne peut être datée d’environ 7100 av. J.-C., tandis que la plus récente, sur le Tell Ouest, est postérieure et correspond à environ 5600 av. J.-C. Cette riche stratigraphie permet aux chercheurs de suivre les transformations culturelles et architecturales survenues au cours de près de deux millénaires d’occupation continue.

Le canal de la rivière Çarşamba, qui coulait autrefois entre les deux tells du site, et l’argile alluviale sur laquelle l’établissement a été construit suggèrent que le choix de l’emplacement n’était pas aléatoire. Ce terrain était propice à l’agriculture primitive, ce qui a pu être l’un des facteurs ayant attiré et maintenu une population importante en ce point de la plaine anatolienne pendant tant de siècles.

Çatalhöyük demeure l’un des témoignages les plus précieux de la vie humaine à l’époque où les premières grandes communautés sédentaires commençaient à façonner la civilisation. Son architecture insolite, ses pratiques funéraires domestiques, sa riche production artistique et sa dévotion apparente à un panthéon à forte présence féminine font de ce site une source inépuisable de questions sur les origines de la culture, de la religion et de l’organisation sociale humaine.

Anúncio
Anúncio

Lisez celle-ci et plus de 800 autres histoires dans l’app World in Stories — gratuit

Histoires en vidéo, shorts, mystères et « c’est arrivé un jour comme aujourd’hui ». Téléchargement gratuit, sans carte.

Télécharger l’app — gratuit

iPhone, iPad & Android • PT, EN, ES, DE, FR