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Cartola

Peu d’accessoires dans l’histoire de la mode masculine portent autant de symboles que le h

4 min20/06/2026
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Peu d’accessoires dans l’histoire de la mode masculine portent autant de symboles que le haut-de-forme. Avec sa calotte haute et cylindrique, son bord étroit et son fini brillant, ce chapeau a traversé les siècles, changé de signification à chaque époque et fini par devenir bien plus qu’un simple vêtement. C’est un symbole culturel doté d’une vie propre, présent en politique, dans le sport, les arts et l’imaginaire collectif de plusieurs sociétés.

Le haut-de-forme est apparu à l’origine comme une alternative élégante au képi militaire. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, alors que les femmes commençaient à intégrer les compagnies maritimes en plus grand nombre, il devint nécessaire de les distinguer visuellement de l’uniforme masculin, qui incluait le képi. La solution adoptée par les stylistes de l’époque fut de créer une tenue inspirée du képi, mais avec une calotte allongée et verticale, ressemblant à une cheminée. Pour identifier la compagnie maritime, les tailleurs avaient l’habitude d’appliquer des bandes colorées autour de cette calotte.

Le nom sous lequel l’objet est connu dans le monde lusophone a une origine curieuse. Avant d’être appelé *cartola*, le chapeau était simplement désigné comme *chapéu alto* (chapeau haut). Le peuple, avec sa manière propre de nommer les choses, commença à l’appeler *chaminé* (cheminée), *canudo* (tuyau) et, de façon plus persistante, *cartola*. Cette dernière appellation vient de *quartola*, nom donné à un petit tonneau équivalant à un quart de barrique. La ressemblance visuelle entre le tonneau et la calotte du chapeau était suffisamment évidente pour que le surnom s’impose, et la variante phonétique *cartola* finit par s’ancrer avec le temps.

Au cours du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle, le haut-de-forme a composé un ensemble iconique d’élégance masculine aux côtés de la redingote, portée lors des occasions formelles diurnes, et de l’habit, réservé aux solennités nocturnes. Ce trio définissait la tenue des hommes de rang lors des cérémonies les plus importantes : mariages, audiences, réceptions diplomatiques et événements d’État. Le haut-de-forme n’était pas qu’un simple chapeau ; c’était une déclaration de statut social.

La presse de l’époque n’a pas tardé à percevoir le potentiel symbolique de la pièce. Dans les caricatures politiques et les dessins humoristiques publiés dans les journaux et magazines, le haut-de-forme apparaissait fréquemment sur la tête de figures incarnant le pouvoir économique. Aux côtés de la redingote, du monocle et du cigare, il composait le portrait type du magnat, du baron de l’industrie ou du nouveau riche affichant sa richesse sans se soucier de discrétion. C’était une critique visuelle si directe qu’elle se passait de légendes.

Cette association avec le pouvoir et l’argent a trouvé un terrain particulièrement fertile dans le monde du football. Avec le temps, le mot *cartola* a fini par désigner, par extension, les dirigeants sportifs, en particulier ceux qui gèrent les clubs de football. Le terme porte une connotation négative implicite : le *cartola* du football est celui qui s’enrichit aux dépens de l’institution qu’il est censé défendre, qui prend des décisions opaques et utilise le prestige du sport à des fins personnelles. La métaphore est précise — tout comme le chapeau couvrait la tête des élites, les *cartolas* couvrent d’une autorité formelle des pratiques qui ne résistent pas toujours à l’examen public.

L’évolution du haut-de-forme en tant qu’objet de mode reflète également les transformations des matériaux textiles au fil des siècles. Les premières versions étaient confectionnées en feutre de castor, un matériau noble et difficile à obtenir, qui garantissait à la fois la rigidité nécessaire à la calotte et un fini velouté d’un grand attrait esthétique. Avec l’industrialisation et le développement de nouveaux tissus, la soie est devenue le matériau privilégié pour la fabrication de ces chapeaux, les rendant plus accessibles sans perdre l’apparence sophistiquée qui les caractérisait.

Avec le déclin du port quotidien des chapeaux dans la seconde moitié du XXe siècle, le haut-de-forme a perdu sa place dans les rues pour se cantonner aux occasions spéciales et aux déguisements. Aujourd’hui, on le voit lors des défilés de carnaval, des spectacles de magie, des représentations théâtrales et des cérémonies formelles à caractère historique. Lors des courses hippiques britanniques, comme le Royal Ascot, il reste exigé comme partie intégrante de la tenue officielle, perpétuant une tradition d’élégance remontant au XIXe siècle.

Le magicien au haut-de-forme est peut-être l’image la plus universelle associée à ce chapeau. Le lien entre l’accessoire et les tours de prestidigitation s’est ancré dans la culture populaire au fil des décennies, au point que le haut-de-forme est devenu synonyme d’illusionnisme. Sortir un lapin d’un haut-de-forme est devenu la métaphore parfaite pour toute révélation surprenante, toute solution inattendue surgissant de nulle part.

Le haut-de-forme est donc bien plus qu’un chapeau. C’est un condensé de significations : élégance et pouvoir dans sa forme originelle, critique sociale dans les caricatures, corruption et opacité dans le vocabulaire sportif, mystère et enchantement entre les mains des magiciens. Cette capacité à accumuler des sens au fil du temps est ce qui transforme un simple accessoire de mode en un artefact culturel de premier ordre, digne d’analyse et de curiosité.

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