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Balaiada

Parmi les épisodes les plus marquants de la période régentielle brésilienne, la Balaiada o

4 min20/06/2026
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Parmi les épisodes les plus marquants de la période régentielle brésilienne, la Balaiada occupe une place singulière dans l’histoire du Maranhão et du pays. Déclenchée le 13 décembre 1838, la rébellion s’est prolongée pendant près de trois ans, mobilisant des milliers de personnes autour d’une cause commune : le refus de la misère et de l’exclusion politique qui marquaient la vie des couches les plus pauvres de la province. Le conflit fut l’un des soulèvements populaires les plus longs et les plus nombreux de cette époque troublée.

Le nom sous lequel cette révolte est restée connue porte sa propre histoire. *Balaio* était le surnom de Manuel Francisco dos Anjos Ferreira, l’un des leaders du mouvement, un artisan qui fabriquait les paniers typiques de la région — les *balaios*. Il avait subi dans sa chair la brutalité de l’appareil policier après qu’un soldat avait déshonoré ses filles, et décida de rejoindre la lutte armée. Cette charge symbolique du nom, liant la révolte à un objet du quotidien et à un homme ordinaire, en dit long sur le caractère populaire du soulèvement.

L’étincelle immédiate se produisit dans l’ancienne bourgade de Manga do Iguará, aujourd’hui connue sous le nom de Nina Rodrigues, dans l’est du Maranhão. Là, le vacher Raimundo Gomes, surnommé *Cara Preta*, prit d’assaut la prison locale avec neuf autres hommes pour libérer son frère, détenu sur ordre d’un sous-préfet lié au groupe politique des conservateurs. Avec les prisonniers libérés et le renfort de soldats ralliés à leur cause, le groupe grandit rapidement et le mouvement prit les contours d’un véritable soulèvement.

Pour comprendre la Balaiada, il faut remonter un peu dans le temps et observer la structure sociale et économique du Maranhão. L’économie de la région s’était organisée autour des grandes plantations de coton, mais une crise du commerce de ce produit avait précipité la dégradation des conditions de vie de la majorité de la population. Parallèlement, vachers, petits paysans, esclaves et travailleurs libres coexistaient dans un climat de tension permanente avec les grands propriétaires terriens et un gouvernement provincial qui leur était hostile. La promulgation de la soi-disant *Loi des Préfets* aggrava encore cette situation, car elle accordait aux présidents des provinces le pouvoir de nommer directement les chefs municipaux, excluant totalement le peuple de toute participation aux décisions.

Sur la scène politique locale, deux groupes se disputaient l’hégémonie : les libéraux, surnommés *bem-te-vis* en raison de leur journal, *O Bem-te-vi*, et les conservateurs, appelés *cabanos*. Cet antagonisme entre partis se mêlait aux tensions sociales sous-jacentes, créant un terrain propice à l’explosion d’un mouvement qui dépassa rapidement les frontières de la politique partisane. La Balaiada parvint à mobiliser au moins douze mille hommes au cours de ses quatre années d’existence, réunissant vachers, esclaves en fuite et travailleurs ruraux sous les mêmes bannières.

Parmi les épisodes les plus dramatiques du conflit figure le siège de la ville de Caxias. Les insurgés, menés par Raimundo Gomes, détruisirent des fazendas et des villages de l’intérieur avant de marcher sur Caxias, où une résistance déterminée s’organisa. Avec le soutien, y compris des femmes, la ville tint pendant quarante-six jours. Alors que la situation semblait insoutenable, le capitaine Ricardo Leão Sabino feignit de rejoindre la révolte, mais fit tirer un canon qui sema la panique parmi les *balaios* et les força à évacuer. Cette victoire redonna du courage aux *bem-te-vis* et insuffla un nouvel élan au camp gouvernemental.

La désorganisation interne, cependant, fit payer son tribut. Les insurgés manquaient d’unité de commandement, et la mort de l’un de leurs principaux leaders, Balaio lui-même — touché par un projectile tiré accidentellement par son propre groupe et mort peu après de gangrène —, affaiblit gravement le mouvement. L’alliance qui avait uni des fazendeiros mécontents, des vachers et des esclaves révéla ses fragilités lorsque la pression des forces impériales s’intensifia.

Pour réprimer définitivement la rébellion, la Régence envoya au Maranhão le colonel Luís Alves de Lima e Silva, un homme doté d’une vaste expérience militaire forgée lors de la Guerre d’Indépendance et de la Guerre de la Cisplatine. Il prit le commandement le 7 février 1840 et reçut l’autorité sur les troupes opérant au Maranhão, au Piauí et au Ceará. Sa stratégie combinait la création de la *Division Pacificatrice*, divisée en trois colonnes avançant simultanément sur différentes régions, avec des négociations ponctuelles avec des leaders rebelles. Le résultat fut progressif, mais efficace.

La Balaiada prit officiellement fin le 4 mars 1841, lorsque l’Empereur accorda une amnistie générale aux derniers résistants, permettant au conflit de s’éteindre sans que tous les rebelles soient punis. Lima e Silva sortit de cette expérience avec un immense prestige, et la trajectoire entamée au Maranhão le mènerait, des décennies plus tard, au titre de Duc de Caxias.

L’héritage de la Balaiada dépasse le simple récit militaire. Le conflit a révélé les profondes contradictions d’une société qui excluait la majorité de ses membres de toute forme de participation politique et économique. Il a anticipé des tensions qui marqueraient le Brésil pendant des générations et reste gravé comme l’un des rares moments où vachers, esclaves et travailleurs libres s’unirent autour d’objectifs communs. Dans l’histoire de la résistance paysanne du nord-est brésilien, la Balaiada demeure le symbole d’un peuple qui, même sans ressources et sans voix, décida de réagir.

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