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Anatoli Boukreev

Alpiniste russe

4 min01/01/2024
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Anatoli Nikolaïevitch Boukreïev appartient à cette catégorie rare d'êtres humains pour lesquels les altitudes extrêmes semblent être un milieu naturel. Né le 16 janvier 1958 à Korkino, dans l'Oural russe, cet alpiniste kazakh a consacré sa vie à l'ascension des plus hauts sommets du monde, devenant l'une des figures les plus respectées et les plus controversées de l'alpinisme de haute altitude du XXe siècle. Sa mort tragique, survenue le 25 décembre 1997 dans l'Annapurna, n'a fait qu'amplifier la dimension légendaire d'un homme qui avait bâti sa réputation sur une combinaison extraordinaire de puissance physique, de résistance à l'altitude et d'un courage qui frisait parfois l'imprudence.

Après avoir terminé ses études secondaires à Korkino, Boukreïev intègre l'université de Tcheliabinsk, où il se spécialise en physique et obtient un diplôme en sciences en 1979. Cette formation scientifique n'est pas anodine : elle lui confère une compréhension rigoureuse des phénomènes physiques liés à l'altitude — raréfaction de l'oxygène, hypothermie, effets de la pression atmosphérique sur le corps humain — qui nourrit sans doute son approche particulièrement méthodique de la haute montagne. Bien que né en Russie, il obtient la nationalité kazakhe après l'effondrement de l'Union soviétique et passe une grande partie de sa vie adulte au Kazakhstan, pays avec lequel il s'identifie pleinement.

Son ascension dans le monde de l'alpinisme international commence à se dessiner en 1989, lorsqu'il participe à une expédition soviétique au Kangchenjunga, troisième plus haute montagne du monde avec ses 8 586 mètres. Ce premier grand succès himalayiste confirme ses capacités hors du commun et ouvre la voie à une série de réalisations exceptionnelles. Au total, Boukreïev gravit dix des quatorze sommets dépassant les 8 000 mètres, dont sept sans apport artificiel d'oxygène — une performance qui le place parmi les tout meilleurs alpinistes de son époque, aux côtés de noms comme Reinhold Messner ou Krzysztof Wielicki.

C'est cependant la tragédie de l'Everest de mai 1996 qui propulse Boukreïev dans la conscience publique mondiale, bien au-delà du cercle fermé des alpinistes professionnels. En ce printemps 1996, il est engagé par la société Mountain Madness pour guider une expédition commerciale dirigée par le guide américain Scott Fischer, dont l'objectif est d'amener huit clients au sommet de l'Everest. Simultanément, une autre expédition commerciale, Adventure Consultants, fondée par le Néo-Zélandais Rob Hall, progresse sur la même montagne. Ces deux groupes se retrouvent mêlés à l'une des catastrophes les plus meurtrières de l'histoire de l'alpinisme himalayen.

Le 10 mai 1996, lors de la descente du sommet, une violente tempête de neige s'abat soudainement sur la montagne, piégeant des dizaines d'alpinistes dans des conditions extrêmes. La désorientation, l'épuisement et le froid glacial font rapidement leurs ravages. Huit personnes perdent la vie ce soir-là et dans les heures qui suivent, dont Scott Fischer lui-même et Rob Hall. Dans ce chaos, Boukreïev se distingue par des actes d'une bravoure exceptionnelle : dans l'obscurité de la nuit, en pleine tempête et sans oxygène supplémentaire, il remonte à deux reprises vers les hauteurs du Col Sud, à plus de 7 900 mètres d'altitude. Il parvient à localiser et à ramener en sécurité trois alpinistes de l'expédition Mountain Madness — Tim Madsen, Charlotte Fox et Sandy Hill Pittman — qui s'étaient égarés vers la face du Kangshung, à l'opposé du camp IV situé dans la partie ouest du Col Sud.

Ces sauvetages héroïques n'empêchent pas la controverse de s'installer. Le journaliste Jon Krakauer, présent sur l'Everest ce jour-là au sein de l'expédition Rob Hall, publie son récit dans le livre Into Thin Air, qui connaît un succès mondial. Krakauer y critique sévèrement la décision de Boukreïev de monter au sommet sans oxygène artificiel, estimant que cette pratique limitait ses capacités à assister efficacement les clients lors de la descente. Il reproche également à l'alpiniste kazakh d'être redescendu trop rapidement, laissant les clients sans encadrement suffisant lors des heures les plus dangereuses. Ces critiques sont âprement contestées par Boukreïev lui-même, qui publie sa propre version des faits dans The Climb, et par de nombreux autres alpinistes qui saluent au contraire son intervention décisive dans le sauvetage.

La mort de Boukreïev, survenue le 25 décembre 1997 lors d'une tentative d'ascension hivernale de l'Annapurna par la face sud, en compagnie de Simone Moro et de Dimitri Sobolev, met fin à cette vie consacrée aux sommets. Une avalanche l'emporte à l'âge de trente-neuf ans, dans la montagne qui avait toujours été son domaine. Il reçoit à titre posthume le prix Piolet d'Or, la plus haute distinction de l'alpinisme mondial, en reconnaissance de l'ensemble de sa carrière et de son courage lors de la tragédie de 1996. Son histoire continue de fasciner, illustrant à la fois la grandeur et la vulnérabilité de l'être humain face aux forces implacables de la haute montagne.

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